SOLEILS D’AFRIQUE

1. Peux-tu nous faire, une brève présentation de ta personne ?

Je m’appelle Aurore Jorgensen, âgée de 21 ans, d’origine franco-ivoirienne. Je vis actuellement à Paris pour poursuivre des études de mode après avoir vécu 4 ans à Abidjan. Je suis aussi créatrice de bijoux en cauris (coquillages) depuis 1 an et demi. J’adore l’art sous toutes ses formes, plus particulièrement la coiffure, le makeup, le collage et la photographie. J’essaye vraiment de lier chaque chose pour montrer mon univers.

2. Si tu devais définir ta personnalité en 3 mots ?

Originale, créative, audacieuse.

3. Tu es originaire de la France et de la Côte d’Ivoire. Comment vis-tu ce métissage et cette double culture ?

Pour commencer, je me considère plus comme ivoirienne que française et j’adore surprendre les gens en leur disant que je suis ivoirienne. Ils sont toujours surpris et comprennent d’où vient mon accent. Je suis fière de cette double culture, je me retrouve plus riche du côté Africain : nous regorgeons tellement de richesses.

4. Tu as vécu dans les deux pays. As-tu observé des différences dans les mentalités ou autre ?

Il y a une grande différence au niveau de la mentalité et du comportement. J’entends par « comportement » l’accueil chaleureux du pays qui n’est pas la même en France. En France vous verrez plus des visages blasés et serrés ainsi que la marche rapide des passants. À Abidjan, vous verrez des sourires et des bras se tendre pour vous venir en aide. Au niveau de la mentalité, malheureusement pour nous, l’esprit est bien plus ouvert en France que chez nous et je trouve ça bien dommage. 

5. Tu es étudiante dans le secteur de la mode à Paris. Pourquoi as-tu choisi ce domaine ? Peux-tu nous en dire un peu plus ?

J’ai choisi ce domaine dans le seul but de montrer au monde que l’Afrique recèle de talents multiples et variés ainsi que de nombreux trésors. Considéré comme un sous-métier le plus souvent en Afrique, les écoles  [de mode] se comptent sur une main et commencer ma première année de stylisme-modélisme à Abidjan fut le meilleur choix de toute ma vie. J’en suis ressortie première avec une lettre de recommandation et je me suis découvert un second talent pour les bijoux. J’ai finalement fait accepter ce métier auprès de ma famille, c’est une belle étape de faite et c’est de là que je tiens toute ma force pour réussir dans ce domaine.

6. Récemment tu as créé ta marque de bijoux «Soleils d’Afrique». Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce projet ? Quel a été l’élément déclencheur ?

Je savais que j’étais pleine de créativité et dotée d’un certain sens de l’observation que j’ai pu développer grâce à mes cours de modélisme, mais je ne pensais absolument pas devenir créatrice de bijoux un jour. Tout a commencé grâce à un ami qui m’a offert un collier en cauris que sa tante m’a fait sur mesure et il m’a suffi de regarder ce collier pour comprendre sa réalisation. Voulant moins dépendre de ma mère, j’ai reproduit quelques modèles de collier en cauris existant déjà chez nos très chers commerçants touristiques et de là est né Soleils d’Afrique.

7. Quelles sont tes inspirations ?

Ma plus grande source d’inspiration est l’Afrique toute entière.

8. Tu es autodidacte dans la création de bijoux. Est-ce difficile ? Quelles sont les qualités requises pour être autodidacte ?

Rien n’est difficile quand on veut. Il ne faut juste pas se donner de limite. Être autodidacte n’est qu’une question d’apprentissage personnel selon moi, et de temps dépensé dans le but d’acquérir cette aptitude

9. Quelles sont les difficultés que tu as pu rencontrer et auxquelles tu fais face dans la création de ta marque ?

Le manque financier est le seul problème que je rencontre. C’est celui qui me ralentit le plus dans mon évolution et dans la création de nouveaux modèles de meilleure qualité mais je ne m’en plains pas.

10. Quels sont les projets de Soleils d’Afrique sur le court terme et moyen terme ?

La création de ma marque n’est plus vue comme un simple passe-temps mais désormais une passion exercée pour du long terme. Je veux passer à l’étape suivante : création d’un site Web, faire des partenariats avec des artisans locaux et ce qui me tient le plus à cœur, c’est partager un pourcentage de mes revenues à des orphelinats.

11. Nous avons pu constater sur ton compte Instagram que tu avais d’autres passions dans le domaine des arts, tel que le maquillage ou encore “ la photographie” par exemple. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ces différentes passions? Y’en a t-il une qui l’emporte sur toutes les autres ?

La photographie est le seul moyen pour moi de dégager quelque chose en ne disant rien. J’y mélange l’art de la coiffure, souvent inspirée d’anciennes coiffes africaines et du maquillage. Je travaille aussi sur du collage pour que mes photos soient plus artistiques.

12. Comme tu le sais, au sein d’Ayika’a, nous travaillais à valoriser les femmes noires et métissées pour qu’elles soient plus justement représentées dans les médias. Que penses-tu de notre initiative ? Penses-tu que la démarche est nécessaire en France ?

Je pense qu’il était temps de le faire. Il est vrai que la France est pays assez « ouvert » sur certains sujets mais quand il s’agit de la représentation des noirs dans les médias, le sujet est assez bâclé ou alors il y a un refus total d’une peur d’un soi-disant communautarisme (pourtant aux États-Unis, il n’y a pas cette peur-là). En effet, la femme nubienne ou métissée n’était pas assez ou peu représentée dans les médias français. Et lorsqu’elles l’étaient, je ne me retrouvais parmi ces figures ; on y voit des femmes de « ghettos » mal élevées ou grossières alors que lorsque je regarde mes sœurs ou moi-même, nous sommes tout le contraire de ces représentations. Je ne dis pas qu’il n’y a que ce type de représentation des noires/métisses mais c’est la figure principale que l’on retrouve majoritairement dans les médias en France. Des fois, notre représentation était carrément absente ; dans la mode par exemple il y a très peu de mannequins femmes noires connues en France. Je pense donc comme je l’ai dit que c’est nécessaire, pour que les petites filles des générations futures se sentent mieux représentées et puissent s’aimer à leur juste valeur, et donc éviter de suivre des codes de beautés imposées par la société qui ne leur sont pas propres, dû au nombre insuffisant de leur représentation dans les médias.

Merci Aurore pour ces mots !