Ils sont jeunes, cultivés et diplômés, avec un objectif commun : retrouver la mère patrie et aider à son développement. Ce sont les returnees. Ainsi, selon une enquête menée par le magazine Inspira Afrika en partenariat avec Avako Group et Africa France, près de 68 % des returnees sont motivés par un désir d’avoir un impact sur le développement du continent Africain.

Je me souviens d’une discussion que j’ai eue avec un de mes amis, un jeune homme intelligent et travailleur dont le souhait est de devenir un trader reconnu. Nous nous entendions sur de nombreux points mais étions cependant en désaccord sur un sujet : pour lui, hors de question de retourner en Côte d’Ivoire. Nous habitons présentement en France. Pour lui, il n’y a « plus rien à faire pour la Côte d’Ivoire », sans mentionner « l’instabilité politique ». On parle de risques, d’instabilité politique. Mais le chemin de la réussite n’est-il pas jalonné de prise de risques ?

J’ai été abasourdie d’entendre de nombreux africains descendre leur propre pays. Le fait est que si nous pensons tous de la sorte, comment alors endiguer le phénomène de la fuite des cerveaux ? Nous pensons tous à notre petit confort. Une fois que nous obtenons un CDI relativement bien payé, c’en est fini de nos désirs de retourner apporter notre savoir-faire à notre pays qui en a pourtant tant besoin.

Une autre fois, ce fut un autre de mes amis qui me demanda : « veux – tu retourner en Côte d’Ivoire ? Si oui, pourquoi ? ». Pour moi, cela ne faisait nul doute. Mes parents ont fait partie d’une des premières générations de « returnees », j’avais donc cinq ans lorsque je revins habiter en Côte d’Ivoire, et je ne le répèterai jamais assez, ce fut l’une des meilleures décisions que mes parents n’aient jamais prises. Pour moi il est donc évident que mon passage à l’étranger n’est que temporaire. Au départ j’avais prévu, comme mes parents, de revenir vers l’âge de 40 ans, avec des enfants plus ou moins grands. Mais plus le temps a passé, plus j’ai eu cette envie pressante de revenir le plus tôt possible en Côte d’Ivoire.

Aujourd’hui je vais donc mener une réflexion sur le fait de retourner dans son pays d’origine après avoir passé du temps à l’étranger.  Je me concentrerai sur le retour sur le continent Africain. Faut-il se lancer ?

Cet article est pour les personnes qui hésitent encore.

Tout d’abord il convient de définir le terme de « returnee » ou « repat » en français abrégé, par opposition à expatrié.
D’après la définition du « Collins Dictionnary » :
« A returnee is a person who returns to the country where they were born, usually after they have been away for a long time. »

Autrement dit, un repat est une personne qui retourne dans son pays de naissance, généralement après avoir vécu longtemps à l’étranger.

Ce phénomène est parfaitement illustré par la série An African City qui a rencontré un franc succès il y a quelques années et également à travers le best-seller Americanah, de Chimamanda N’Gozi. Ces deux œuvres racontaient les péripéties de jeunes femmes returnees. Americanah décrit particulièrement bien les difficultés d’adaptation de ces returnees. Plusieurs choix s’offrent à eux : la voie facile, c’est – à – dire rester entre returnees : vous partagez ainsi les mêmes mentalités, les mêmes goûts ; ou alors se mélanger à des personnes n’ayant pas vécu à l’étranger et là, l’adaptation est plus difficile. Il conviendra d’être réaliste : un repat sera souvent rejeté des siens, vu comme un rêveur, considéré comme un Blanc, alors qu’à l’étranger on lui rappelle constamment sa situation de Noir. L’intégration sera d’autant plus délicate s’il s’agit d’un repat’ ayant quitté très tôt sa terre natale.

Un exemple flagrant de la différence de mentalité que j’ai eu à expérimenter, sachant que je songe à devenir returnee, s’illustre par les divergences d’opinion sur l’âge auquel nous, jeunes filles, sommes censées nous marier. J’ai discuté avec des collègues à Paris. Nous travaillons dans le même domaine : le droit. Nombreuses sont celles qui visent l’avocature. Pour mes chères collègues il n’a fait aucun doute qu’elles commenceraient à avoir des enfants à la trentaine passée, voir après 35 ans. En effet la vie d’un collaborateur débutant est quasiment incompatible avec la vie de famille. En outre je pense que le fait qu’elles soient françaises a contribué à renforcer cette vision.  D’abord atteindre certains objectifs professionnels et obtenir le confort matériel avant de penser à enfanter. Tous les français ne pensent pas pareil mais cela dépend aussi je pense du milieu social.

Or lorsque je rentre en Côte d’Ivoire pour les vacances, on me met régulièrement la « pression » sur le fait de penser à me marier et à avoir des enfants le plus vite possible, alors que je n’ai que 25 ans. « Tu prends de l’âge », « Fais le maintenant où il sera trop tard », me conseillent – ils. Je n’ose même pas imaginer leur réaction si je reviens au pays d’ici quelques années, à l’aube de mes trente ans, surdiplômée, mais sans mari ni enfants, comme l’était l’une des héroïnes d’An African City. Dans ce cas sûrement que dans mon pays d’origine je serai considérée comme ayant « raté ma vie ». Car voyez-vous, le meilleur diplôme, celui qui permet d’accéder au bonheur perpétuel, semble être le mariage.

C’est donc à cela que les returnees doivent être préparées. Je m’adresse particulièrement aux femmes, en étant une moi – même, bien que je sache pertinemment que ce terme concerne aussi bien les hommes que les femmes.

Une autre chose à laquelle les returnees doivent être préparées c’est la difficulté d’accès à certains services. Tandis que l’accès aux soins était simple dans les pays développés et que le système administratif, bien que lent, fonctionne relativement bien, les returnees doivent se préparer à faire face à l’extrême lenteur des autochtones et également s’habituer à savoir les flatter. Je prendrai l’exemple de mon oncle qui a fait un malaise. Sa femme et lui ont fait le tour des hôpitaux dans l’ambulance, mais tous les services d’urgences, paraît – il, étaient pleins. Il a fallu qu’ils fassent jouer leurs relations pour que comme par miracle une place se libère dans un hôpital ou quelques minutes plus tôt on leur avait refusé l’accès. La solution est simple : si tu n’as pas d’argent, tu meurs car même pour te prodiguer les premiers soins on te demandera un chèque.

Je me souviens également, lors d’un stage, que le simple fait ne pas retourner à l’accueil pour dire « merci, et au revoir », pouvait bloquer un dossier. Je ne me permettrai de ne citer l’exemple que de la Côte d’Ivoire, car c’est mon pays. Là-bas, la corruption est à tous les niveaux. Beaucoup se voient obligés, au-delà de l’entretien habile de leurs relations, de recourir à la manipulation, pour s’en sortir.

Il faut aussi tenir compte des spécificités locales. Par exemple, vous n’êtes jamais réellement propriétaire d’une paillote à Assinie. Vous êtes locataire tant que le chef du village le permet, malgré le fait que vous l’ayez achetée, et vous pouvez vous faire exproprier du jour au lendemain si une autre personne a fait une meilleure offre. Il est important de ne pas froisser les populations locales, même si celles-ci se sont installées sur vos terres de manière illégale. Il faut beaucoup savoir dialoguer, coopérer.

Dans tous les cas, pour devenir repat, il faut avoir le goût du risque, ne pas avoir peur de délaisser son petit confort. C’est ce qui semble animer ces personnes. Prenons l’exemple de ce jeune ivoirien qui a délaissé un poste confortable dans une banque pour venir ouvrir une crêperie à Abidjan. Il a beau avoir étudié son business plan, fait des études de marché, toujours est -il qu’il faut du courage pour passer du bureau aux fourneaux. Et c’est l’idée générale qui ressort lorsque je me renseigne sur des repat, ou personnes qui aspirent à être repat, ou que je discute avec eux. Tous ont ce goût du risque, ce désir de faire quelque chose de concret pour leur pays. Ce n’est pas toujours le cas de ceux qui ont toujours vécu sur place, eux aussi souvent attachés à leur confort. C’est peut-être le fait de s’être frottés à d’autres mentalités qui poussent ces personnes à oser plus.

Souvent, dans l’inconscient collectif, ce qui repulse également les personnes à revenir au pays, c’est l’idée générale selon laquelle « il n’y a rien en Afrique ». L’Afrique est pauvre, on ne peut rien pour elle. Et pourtant, l’Ordre Mondial est entrain de s’inverser petit à petit. L’Inde est récemment passée devant la France au classement des premières puissances mondiales. Quant à l’Afrique, elle connaît un boom sans précédent. Selon les prévisions de la Banque mondiale, la croissance globale africaine devrait passer à 3,5 % en 2019. Les entreprises et cabinets recrutent de plus en plus, et de nombreux groupes de penseurs (Think Tank) se réunissent pour bâtir une nouvelle Afrique. Alors, pourquoi pas vous ?

Je pense que l’Afrique forme une grande famille. Il est vrai que d’après l’étude citée en début d’article, une grande majorité de returnees n’en sont pas réellement parce qu’ils retournent généralement dans un pays africain différent du leur, mais du moment que ce retour de main d’œuvre qualifiée profite à ce grand ensemble qu’est l’Afrique, nous ne pouvons que nous réjouir et encourager le phénomène.

Sincèrement Votre,

 

Mamidan

 

 

Sources :
https://www.collinsdictionary.com/dictionary/english/returnee
http://www.slateafrique.com/775659/qui-sont-les-«repats»-les-africains-qui-reviennent-travailler-sur-le-continent
http://madame.lefigaro.fr/business/repats-le-retour-des-filles-prodiges-en-afrique-261117-145714
http://geopolis.francetvinfo.fr/repats-le-retour-des-cerveaux-en-afrique-154621