â—† Parle nous un peu de toi et de ton parcours.

Je m’appelle Whitney MIGUEL, j’ai 26 ans et j’habite Bordeaux. Je suis basketteuse professionnelle et depuis peu Ă©tudiante en stylisme et Bloggeuse/Youtubeuse mode.

J’ai commencĂ© le basket dans le club de mon quartier en rĂ©gion parisienne (Champigny sur Marne) Ă  l’âge de 14 ans. Je suis très vite tombĂ©e amoureuse de ce sport et j’ai eu envie d’aller plus loin. L’idĂ©e d’en faire mon mĂ©tier ne me venait pas encore Ă  l’esprit, mais j’ai voulu viser un peu plus haut, et j’ai eu la chance de pouvoir intĂ©grer un centre de formation, Ă  Clermont-Ferrand.

La particularitĂ© des centres de formations en France, c’est que dans chaque club il y a une Ă©quipe professionnelle. J’ai très vite eu l’opportunitĂ© d’intĂ©grer les entrainements avec l’Ă©quipe pro et bien que ça n’ait pas Ă©tĂ© facile, je me suis dit “MOI AUSSI JE VEUX ĂŠTRE PRO !” Après beaucoup de travail et de dĂ©termination, j’ai pu 3 ans après, rĂ©aliser mon rĂŞve…

MOI AUSSI JE VEUX ĂŠTRE PRO !

En plus de la nationalitĂ© Française j’ai obtenue la nationalitĂ© Angolaise, ce qui m’a permis d’ĂŞtre sĂ©lectionnĂ©e pour reprĂ©senter et dĂ©fendre les couleurs de mon pays d’origine. Une grande fiertĂ© pour moi aujourd’hui ! Vainqueure en 2013 de la coupe d’Afrique des Nations, c’est une expĂ©rience qui restera Ă  jamais gravĂ©e dans ma mĂ©moire.

Je suis en parallèle des Ă©tudes de styliste/crĂ©ateur de mode, car bien que ces deux mondes soient complètements opposĂ©s, la mode est un milieu qui me passionne tout autant. Et après un long moment de rĂ©flexion j’ai dĂ©cidĂ© de jouer Ă  un niveau lĂ©gèrement plus bas, ayant ainsi moins de contraintes de temps pour me consacrer Ă  mes Ă©tudes et Ă  la mise en place de mon projet personnel.

2. Pourquoi as tu choisis cette voie ?

J’ai choisi le basket parce qu’il n’y a pas autre endroit oĂą je me sente Ă  la fois bien et moi-mĂŞme qu’entre ces 4 lignes. J’ai fait plusieurs sports avant, mais j’avais vraiment le sentiment de servir Ă  quelque chose [lol] ! De part mon physique plutĂ´t imposant et ma taille. En fait, mon physique, qui jusque lĂ  n’Ă©tait pour moi que source de complexes, se retrouvait ĂŞtre un avantage, une force et une qualitĂ© ! Et puis je ne sais pas, après quelques entrainements je me suis complètement passionnĂ©e par cette discipline et me voilĂ  encore 13 ans après Ă  courir entre ces 4 lignes.

Ce que le basket m’apporte est indescriptible ! Un mĂ©lange d’adrĂ©naline, de force, de confiance et de rĂ©flexion personnelle et collective. Le fait de se battre ensemble pour le mĂŞme objectif, de mettre en somme les qualitĂ©s de 10 joueuses pour en faire une seule et mĂŞme force pour battre l’adversaire. Puis se dire que j’ai l’opportunitĂ© de faire de ma passion mon mĂ©tier c’est, je pense, une chance Ă  saisir !

Mais comme dans tout milieu, le monde du sports Ă  ses travers et j’ai rapidement vu que ce n’Ă©tais pas rĂ©ellement ce que j’espĂ©rais.

3. Alors peux-tu nous décrire une journée type ?

Etant donnĂ© que, comme je l’ai prĂ©cisĂ© plus haut, je joue Ă  un niveau lĂ©gèrement plus bas (je passe de la deuxième (LF2) Ă  la quatrième division française (NF2), le rythme de mes journĂ©es et un peu moins intense physiquement puisque je ne m’entraine plus les matins.

Prenons un mardi :

8h : RÉVEIL.  Après avoir pris une petite quinzaine de minutes pour moi (médiation), je me lève, prends mon petit dej, avec mon Iphone et mon ordi pas loin [lol]. Pendant mon petit dej, je consulte mes mails, mon espace élèves car je suis des études par correspondance et bien sûr les réseaux sociaux : stats de mon blog et préparation de mes futurs posts !

9h30 : SĂ©ance de prĂ©paration physique. J’effectue 2 fois par semaine, 2h de prĂ©paration physique avec mon kinĂ© couplĂ©es de soins en cas de douleurs. Tout ceci dĂ©pends de ma forme.

12h : Yoga. Je pratique le Yoga depuis peu et j’adore ! J’ai toujours eu des aprioris sur cette discipline. Ma mère en faisait beaucoup et ça me faisait rire Ă  l’Ă©poque, mais en plus d’ĂŞtre relaxant, c’est une discipline qui permet de se renforcer en douceur.

J’ai donc dĂ©cidĂ© de jouer plus bas, mais je n’ai pas dĂ©cidĂ© de me laisser aller.

13h30 : ArrivĂ©e chez moi, je mange, me pose puis regarde mon tableau dans lequel  je note tout ce que j’ai Ă  faire dans la semaine parce que je suis un peu tĂŞte en l’air et il m’arrive parfois d’oublier des tâches voir mĂŞme des rendez-vous donc je dois tout noter !

19h : Entrainement. Je m’entraine donc 3 fois par semaines avec mon Ă©quipe, les lundis, mardis et jeudis. L’entrainement collectif dure 1h30, en sachant que j’arrive Ă  19h pour travailler avec notre prĂ©parateur physique sur du renforcement ou simplement un travail de prĂ©vention ou de correction de posture. Car l’une des particularitĂ© qu’ont les femmes noires, c’est la cambrure, qu’on appelle plus scientifiquement le bassin en « antĂ©version ». Alors on doit travailler sur le dos, les lombaires pour ne pas que ça soit « handicapant ».

D’ailleurs à propos, chaque année on nous la fait : “Vous les « blacks » vous êtes cambrées alors il faut faire ci, et ça…” On connait la chanson [lol] !

C’est joli, ça fait une super silhouette dont on est fières, mais pour le sport c’est pas top il faut l’admettre…

22h : Retour Ă  la maison, après avoir bien trainĂ© au vestiaire avec les copines. Je mange, puis passe des coups de fils Ă  la famille, j’appelle mon copain qui Ă  quasiment le mĂŞme rythme que moi parce qu’il est aussi basketteur. Et en gĂ©nĂ©ral, après une journĂ©e comme ça je profite de ma soirĂ©e pour me poser, surfer sur la toile avant d’aller me coucher. Il m’arrive aussi de dessiner devant la TV.

Je ne suis pas une couche tĂ´t, je l’admets ! Je ne l’ai jamais Ă©tĂ©, et puis je n’ai pas la « contrainte » du travail le lendemain matin.

C’est principalement l’ossature de mes journĂ©es, après cela peut changer selon ce que j’ai Ă  faire ou non.

4. Qu’est-ce qui te motive ?

L’objectif final. Tout le travail effectuĂ© en amont pour arriver Ă  un rĂ©sultat et ce dans tous les domaines. Dans le sport, c’est les entrainements collectifs et individuels, la correction des erreurs, des petits dĂ©tails qui vont nous permettre de gagner et d’atteindre un objectif personnel (condition physique, performance) et collective (victoire).

Dans mes Ă©tudes et mon projet, c’est exactement pareil. Ce sont toutes les connaissances que je vais emmagasiner qui vont me permettre de dĂ©crocher mon diplĂ´me dans un premier temps, et d’arriver Ă  mon objectif final autour de ça.

LA VISION. C’est ma vision finale qui me motive dans tous les domaines.

5. En tant que femme grande et noire, quel est ton rapport Ă  ton corps ?

 

Fashion Whitney

Fashion Whitney

Je suis une femme noire, d’1m84 et une fois sortie de mon monde d’avatar, je n’ai rien de ce qu’on pourrait qualifier de standard. Cela n’a pas Ă©tĂ© facile Ă  vivre, voire mĂŞme difficile parce que j’ai très longtemps Ă©tĂ© complexĂ©e. Je n’assumais pas d’ĂŞtre si grande. J’ai grandi dans un quartier donc pour moi ĂŞtre noire, c’Ă©tait normal parce que j’en Ă©tais vivement entourĂ©e. Mais j’ai quand mĂŞme Ă©tĂ© Ă©levĂ© dans la pleine conscience que j’Ă©tais noire et avec la conscience que j’allais devoir en faire plus. Seulement je ne l’avais jamais rĂ©ellement vĂ©cu. Jusqu’au jour oĂą j’ai complètement changĂ© d’environnement.

J’ai quittĂ© « ma cité », mon ĂŽle de France pour une vie en « province », en centre de formation de basket, Ă  Clermont-Ferrand et j’ai intĂ©grĂ© un lycĂ©e oĂą … comment vous dire ? On Ă©tait vraiment, vraiment pas beaucoup. Dans mon Ă©quipe, on Ă©tait quatre. Trois noires et une mĂ©tisse. Et il me semble qu’Ă  nous quatre, on constituait dĂ©jĂ  plus de la moitiĂ© des noirs dans le lycĂ©e. LE CHOC ! Et lĂ  tu commences vraiment Ă  entendre ce que les gens disent et pensent de nous : « les blacks ». C’est d’ailleurs lĂ -bas que j’ai appris qu’on appelait les noirs « les blacks ». Je sais pas si c’est pour que ce soit plus « stylé » ou moins « brutal », mais je n’ai jamais vraiment compris. Comme si le mot « NOIR » Ă©tait un mot Ă  ne pas prononcer. Et puis j’ai commencĂ© Ă  entendre des blagues sur les noirs basĂ©s sur de simples clichĂ©s. Et puis, quand tu vois que les enfants ont peur de toi parce que t’es noire et qu’on est obligĂ© de lui dire que tu es faite en chocolat pour qu’ils arrĂŞtent de pleurer…

Ă€ 15-16 ans, entendre toutes ces choses lĂ  te font vraiment beaucoup de mal. A tout âge d’ailleurs, mais Ă  l’adolescence c’est un choc. Pour la première fois j’ai eu le sentiment d’ĂŞtre pointĂ©e du doigt non seulement parce que j’Ă©tais grande, mais aussi parce que j’Ă©tais noire. Dans le basket, on nous appelle « Les grandes blacks ». Si nous sommes lĂ , c’est uniquement pour les qualitĂ©s physiques que la nature nous Ă  donnĂ© ! Courir, sauter … On dit mĂŞme que les noirs ne peuvent pas ĂŞtre adroits.

J’ai une copine qui est en STAPS actuellement et elle me racontait qu’elle avait dĂ» bosser sur un article qui dĂ©crivait le sportif noir comme Ă©tant lĂ  pour faire le show, dotĂ© d’une vĂ©locitĂ© animale, qu’il n’avait pas la notion de travail pour rĂ©ussir, Ă©tant donnĂ© qu’il se basait sur ses qualitĂ©s physiques, contrairement aux sportifs blancs qui eux sont intelligents, ont le sens du sacrifice et le sens du collectif. Qu’en pensez vous ?

Tous ces Ă©lĂ©ments lĂ  te poussent Ă  douter de ta valeur, et inconsciemment, tu en as honte. Tu essaies Ă  tout prix de te dĂ©barrasser de cette image que l’on a de toi et tu perds confiance en toi.

Le fait de ne pas ĂŞtre seule et d’avoir très tĂ´t, dans mon Ă©ducation, appris Ă  ĂŞtre fier d’ĂŞtre noire m’a permis de garder le cap, mais je vous avoue qu’une fois partie, ça n’a pas Ă©tĂ© facile.

Je n’ai rien de conventionnel en plus de ça, je mesure 1m84, j’ai un physique plutĂ´t imposant et il m’a fallut du temps pour accepter d’en faire un atout parce que ça a d’abord Ă©tĂ© un lourd complexe.

Aujourd’hui, je suis totalement fière de ce que je suis.  Et c’est d’ailleurs pour ça qu’il me tenait Ă  coeur de mettre en place ce projet, autour de la femme de grande taille parce que je sais que d’autres femmes se sentent aussi complexĂ©es que je ne l’ai Ă©tĂ©. Et j’ai envie de les aider !

6. Justement, que penses-tu des critères de beauté actuels ?

La question que je me pose c’est, sur quoi se base-t-on ?

Si on affine vraiment la recherche, les critères de beautĂ© changent selon les pays, les modes ect … mais globalement ils sont les mĂŞmes. Grande, mince, caucasienne, blonde ou brune et pour les femmes noires, elle seront considĂ©rĂ©es belles si elles ont les traits fins, une silhouette pas trop volumineuse et surtout, le teint clair. La somme de ces Ă©lĂ©ments constitue pour moi un poison capable de consumer la vie des femmes.

Chaque femme est belle Ă  sa façon et la beautĂ© d’une femme ne rĂ©side pas uniquement dans son apparence physique. Ce qu’elle dĂ©gage est aussi très important parce que c’est ce qui donnera de la vie Ă  cette beautĂ©. S’arrĂŞter sur des mensurations ou sur la couleur de peau pour moi ce n’est rien d’autre que triste, faible et surtout dĂ©passĂ© !

Si on se concentre sur le milieu de la mode, bien que ce soit un milieu qui me passionne, les critères de beautĂ© de ce milieu m’insupportent. Et c’est aussi avec cette idĂ©e en tĂŞte que j’ai voulu crĂ©er GRANDIOSE.  Il y a très peu de place pour les mannequins noires, comme il est difficile d’y voir une femme ronde d’ailleurs. Les choses Ă©voluent aux USA qui est un pays bien plus avancĂ© que la France dans ce domaine lĂ . On voit des modèles grande taille qui deviennent des Tops, ou des modèles noires et mĂ©tisses que tout le monde s’arrache mais, cela reste toujours une exception. Et puis, on retrouve toujours le mĂŞme type de mannequins noires : foncĂ©es fine et rasĂ©es. C’est ça l’idĂ©e qu’on se fait de la femme noire ? Et pourquoi lui rase-t-on la tĂŞte ? C’est un choix personnel ou c’est juste l’idĂ©e que la texture de ses cheveux ne puissent pas rentrer dans les critères de beautĂ© ? Je ne comprends pas.

On a vu sur les podiums, il y a 40- 50 ans de magnifiques mannequins noires telles que Katoucha Niane Ă©gĂ©rie d’YSL, Naomie Campbell, mais est-ce que l’on pourrait arrĂŞter de chercher des Ă©ternels doubles de ces pionnières ? Comme je disais, les choses Ă©voluent ! Quand je vois la superbe Chantelle Winnie, je me dis qu’il y a de l’espoir, mais ce n’est pas encore assez !

Le projet AYIKA’A  est vraiment très intĂ©ressant dans ce sens lĂ  ! « Change the minds », c’est tout Ă  fait ça ! Surtout en France pays oĂą les places pour les mannequins noires sont très restreintes. 

7. Pour toi ĂŞtre une belle femme c’est quoi ?

Whitney Miguel, © Solene Tarrieu, @kpteurphotography

Une belle femme est une femme qui s’aime. Peut importe sa couleur de peau, la couleur ou la texture de ses cheveux, ronde ou pas, elle transpire l’assurance ! Elle joue de ses atouts et sait les mettre en valeur.  Une femme qui prends conscience de son corps, de ses traits, qui les acceptent et surtout les aimes tels qu’ils sont.

Avoir des complexes pour une femme c’est normal, on en a toutes, mais il ne faut surtout pas laisser ces petits complexes prendre le dessus.

Pour moi, dès lors que l’on a compris,  tout cela impacte forcĂ©ment l’image que l’on renvoie, et on te trouve tout de suite belle ! Les goĂ»ts et les couleurs ne se discutent pas. Certaines feront l’unanimitĂ©, d’autres moins. Mais l’important c’est de se sentir belle pour soi ! Il faut passer au dessus des critères de beautĂ© que la sociĂ©tĂ© nous impose !

8. Si je te dis Ayika’a tu me dis ?

EVOLUTION, CHANGEMENT, FUTUR ! Enfin un concept judicieux qui va impacter et faire avancer les choses ! Surtout que le projet part d’une expĂ©rience personnelle. Pour moi il n’y a pas mieux que d’avoir vĂ©cu les choses pour mieux les expliquer et les dĂ©fendre.

J’ai dans un coin de ma tĂŞte, l’idĂ©e de me lancer dans le mannequinat grande taille, mais vous imaginez un peu le marathon ? Grande, noire et plus size en France ? Je suis persuadĂ©e que si je veux avoir mes chances, il faudrait que je parte. DĂ©jĂ  que les français ne sont pas très plus size alors en Ă©tant noire vous imaginez ?  

Et AYIKA’A pourrait tout simplement changer ça !

9. Ton expérience en tant que femme angolaise en France.

Mon expĂ©rience en tant que femme noire Franco-Angolaise ne change pas grand chose Ă  part administrativement puisque j’ai obtenu la double nationalitĂ©.

Je m’explique : Je suis nĂ©e en France, j’ai grandi en France, mais j’ai Ă©tĂ© Ă©levĂ©e comme une Franco-Angolaise. Je parle français et je parle aussi le portugais. Quand je joue pour l’Ă©quipe nationale d’Angola, c’est une immense fiertĂ© parce que je dĂ©fends les couleurs de mon pays d’origine, origines qui coulent dans mes veines ! Je vois ça un peu  comme un mĂ©tissage en fait plus qu’un sentiment d’appartenance. Et j’aimerais que les gens puissent vraiment le saisir ! On a le droit de se sentir autant l’un que l’autre…

Crédit photos : Whitney Miguel, par © Solene Tarrieu, @kpteurphotography

Avant Whitney, nous vous prĂ©sentions l’interview exclusif de Raphael Federici, artiste pop-contempo. Restez connectĂ© sur nos rĂ©seaux pour ne rien manquer de nos prochain article !
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