DÉCOUVREZ LE TÉMOIGNAGE DE SANDRA KOUA : 

Je suis une jeune fille née de parents ivoiriens. J’ai grandi au pays comme on dit.

J’ai quitté la Côte d’Ivoire en 2015 après l’obtention de mon baccalauréat français. Depuis la rentrée universitaire de cette année-là, je suis à cheval entre Paris, pour mes cours de Droit à Paris I Panthéon Sorbonne, et Abidjan pour les vacances d’été et d’hiver.

Je n’ai jamais porté les cheveux naturels durant mon adolescence. Cela car, je suppose, comme plusieurs mères de jeunes filles africaines, la mienne a commencé à me défriser les cheveux si tôt que je ne m’en souviens plus. À croire que j’étais née avec.

Je ne m’en suis jamais plainte, toutes mes amies avaient également les cheveux défrisés. Je remercie ma mère d’avoir pris cette initiative. D’autant plus qu’avec une « taille fine » agrémentée de mes cheveux défrisés , je n’ai pas eu de mal à m’insérer dans la société française.

J’entendais souvent « on dirait un mannequin. »

Au vu de l’accumulation de ces compliments, j’ai commencé à m’intéresser au milieu de la mode tout en suivant mes études de Droit.
La première réponse à ma première demande adressée à une agence de mannequin fut positive. Il s’agissait de l’agence IMG qui semblait intéressée et qui me proposait un rendez-vous. Ce que j’ai bien entendu accepté. C’était juste incroyable pour moi. La dame qui m’a reçue m’a tout de suite posé la question suivante : « Ce sont des extensions que vous portez là ?» . Du coup, je me suis demandée : Est ce qu’on nous pose à toutes la question ? Pourquoi cacher mes cheveux naturels ?
Il semble alors qu’à ses yeux, comme à bien d’autres, une fille africaine portant des extensions soit finalement plus admirée pour sa capacité à ressembler à une fille caucasienne, plutôt que pour sa propre beauté capillaire en tant que femme africaine. Ce qu’elle même semble très bien dissimuler. Hélas, la couleur de peau ne ment pas.

Il faut être honnête, ce sont les multiples refus en agence qui m’ont fait essayer cette nouvelle coupe courte avec mes cheveux naturels. Une nouvelle vague de mannequin africaine, surtout d’Afrique de l’est, les portant, défilent pour Saint Laurent.

Mais être mannequin, aujourd’hui, consiste je pense à posséder une identité propre.

Cette identité constitue un filtre pour les agences qui vous choisissent et pour les clients qui doivent à leur tour véhiculer un message à travers les visages qui font la publicité de leurs marques. C’est pour cela que je crois que l’on est choisi par rapport à une autre.

Avant de participer à Ayika’a, je pensais à défriser mes cheveux de nouveau et au moment où j’écris ce texte, je pense encore à le faire. Mais aujourd’hui, porter les cheveux naturels en France comme en Côte d’Ivoire devient un challenge pour moi. Car les regards sont différents et il faut que je puisse m’accepter comme telle. Les « on dirait un mannequin » se font à présent rares.

Une jeune fille africaine portant le cheveu afro peut, elle aussi, être une belle fille.

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