Appropriation

« Appropriation : action de s’approprier une chose, d’en faire sa propriété. »

Je ne pouvais plus me taire face à ce sujet. Beaucoup trop d’informations. Beaucoup trop de bêtises aussi.

Récemment, la star internationale, du moins star pour certains et arriviste pour d’autres, a encore frappé. Kim Kardashian, connue pour ses nombreux buzz a récemment publié une photo dans laquelle on peut la voir portant fièrement des nattes collées. Seulement il y a un hic et toute la toile s’affole. En effet, lorsque l’on focalise son attention sur sa légende, elle fait référence à une autre célébrité américaine, blanche de surcroît, qui selon elle est à l’origine même de ce type de coiffure. (Par la suite cette légende sera alors enlevée par la Star américaine suite à la suite des contestations des internautes).

En 2017 justement, une styliste américaine connue sous le nom de Stella McCartney provoque une grande polémique lorsqu’elle présente durant la Fashion Week, pour sa nouvelle collection, une série de vêtements aux imprimés traditionnels noirs africains.

De grandes entreprises de mode se disent innover et proposer des collections à l’image de leur marque, manquant d’avouer qu’il s’agit en réalité d’un copier/coller sur les cultures et coutumes d’Afrique ou d’ailleurs.

Certains diront que cela ne sert à rien de s’offusquer. Ces mêmes personnes parleront de “victimisation”.

« Mais arrêtez un peu ! »

Dès lors que l’on s’insurge de quelque chose touchant à notre intimité, nous nous rendons victimes.

Dès lors que l’on s’insurge d’une remarque ou d’une pratique vraisemblablement raciste, nous nous rendons victimes.

Dès lors que l’on fait appel à notre passé aussi douloureux qu’il puisse être, nous nous rendons victimes.

Mais alors quand est-ce que cela sera plus que le reflet d’une vérité difficile à assumer ?

Je parle de cette figure médiatique et évoque ces récentes polémiques tout comme je pourrais en citer bien d’autres encore. Puisque s’approprier est aujourd’hui devenu une mode.

Force est de constater que l’esclavage ainsi que la colonisation, ont laissé la population noire en position d’infériorité, une position qui nous le souhaitons, viendrait à disparaître car outre tout ce qu’elle engendre comme sentiment négatif, condamne une population victime d’ignorance, je dirais même de dénigrement.

« Il y a une grande différence entre s’approprier, emprunter et apprécier quelque chose… »

Les conséquences de cette appropriation justement ne viennent pas de nulle part. Il y a réellement une histoire derrière tout cela. Que cela soit une question de coiffure ou bien de mode. Pour les personnes conscientes de leur histoire qui se sentent offensées, leur réaction est justifiée.

Je pense n’apprendre à personne l’importance de la particularité, de la différence. Que cela soit à petite ou à grande échelle. Toute communauté mérite que l’on reconnaisse sa richesse, ses qualités mais aussi sa diversité et son histoire. Alors pourquoi ne pas la reconnaître pour une certaine catégorie de population ?

Tous ces codes, toutes ces pratiques ont une histoire. Cela a souvent pu résulter d’une affirmation de soi – on pense notamment à la militante afro-américaine des droits civiques aux États-Unis Angela Davis et son afro qui a longtemps fait parler et qu’elle portait fièrement comme moyen d’affirmer son africanité – comme un besoin de revendication ou encore tout simplement comme une forme d’expression.

De plus, notre condition de peuple inférieur [du moins de peuple VU comme étant inférieur] ne devrait en aucun cas faire de nous des êtres à dénigrer, surtout lorsque l’on connaît le fond du problème.

« Pourquoi cela vous touche tant ? Vous devriez être fiers ! »

C’est une réalité que nous, afro descendants, vivons au quotidien. Les autres se servent tandis que nous regardons, sans rien faire.

Comprenez bien ce qu’il y a derrière. Je parle d’appropriation et encore une fois cela n’a rien avoir avec l’emprunt. La culture de la société actuelle se construit d’emprunt, en effet la mondialisation incluant les exportations et les importations d’un pays à un autre, parlent d’elles-mêmes. Et puis bien-évidemment que cela ne sous-entend pas que chaque personne portant un vêtement ou bien un signe distinctif n’appartenant pas à sa communauté est à blâmer. Ici il est question de tout autre chose. Au risque de me répéter, je me concentre ici sur l’appropriation au sens premier du terme. Je mets l’accent sur des pratiques que j’observe de plus en plus aujourd’hui et qui malheureusement titillent ma colère.

S’approprier c’est donc tout autre chose. C’est destituer ce qui appartient à quelqu’un dans le but de faire du profit pour sa propre gloire.

Et cette destitution a en plus de cela pour particularité de ne prendre uniquement les aspects positifs de la culture plagiée. Ce qui veut dire, pour reprendre l’exemple des tresses africaines, on va les prendre exclusivement pour le côté fun et original tout en ignorant les questionnements et les revendications que cela a pu soulever auparavant et même aujourd’hui encore.

« Ce n’est pas à vous. »

 Inspirez-vous, imitez, si cela vous plaît tant, mais ayez la décence de vous arrêter là.

Autrefois, ces mêmes tendances n’intéressaient personne, je me souviens lorsque j’étais au collège et que j’arrivais à l’école avec ces mêmes tresses, j’étais sujette à de la moquerie de la part de certains élèves. Et subitement aujourd’hui nous pouvons facilement voir des adolescentes de 15 ans (je mets ici toujours l’accent sur les personnes blanches) porter ces tresses : parce qu’une star l’a fait, alors allons-y. Il s’agit bien d’une hypocrisie qui ne dit pas son nom. Encore une fois.

Nous méritions, nous noirs, une reconnaissance comme tout un chacun sur cette terre. Pour nos origines, notre culture, notre patrimoine, notre histoire, nos richesses, nos voix, et par-dessus tout notre identité.

Alors j’écris ici et maintenant, mais j’écrirai encore s’il le faut. Car il y a comme une impression que l’on cherche encore et toujours à nous étouffer.

Seulement il ne reste plus beaucoup de cartes à jouer. Il est peut-être grandement temps de reconnaître notre place dans ce monde. Les confrontations ne doivent durer qu’un temps, j’en passe pour les moqueries et autres techniques de déstabilisations. Désormais, chacun doit connaître sa place dans ce monde et avancer pour ses intérêts et si la bonté lui vient, pour les intérêts de ceux qui l’entourent également.

Et certains parlerons alors de l’effet inverse…

 Et ils s’insurgent du comportement d’une partie de la population noire venue s’installer en France et ailleurs.

Une amie m’a récemment fait une remarque concernant ce sujet. Elle me confiait ne pas comprendre notre colère, à nous autres militantes et militants pour nos cultures africaines. « Mais alors que dis-tu de nous, noirs, venant en Europe et qui empruntons les codes culturels occidentaux ? ».

Je n’ai pas su répondre immédiatement à la question. Elle me semblait essentielle et pertinente.

Puis j’ai eu envie de répondre tout d’abord en invoquant le fait que nous n’avions, Occidentaux et noirs de tous horizons, pas la même histoire et qu’il ne s’agit aucunement du même débat. Car si l’on regarde justement cette histoire, nous nous apercevons que cette adaptation/assimilation je dirais, a été voulu et choisi par ces personnes, et d’ajouter que nous avons d’abord, en tant que personnes noires, subit cela pour qu’ensuite ces mêmes pratiques rentrent tout simplement dans nos mœurs.

 Ce que j’aime par-dessus tout rappeler, c’est qu’il est important de nuancer les choses, de nuancer nos débats. Car ils n’ont pas tous la même provenance ni la même issue. Ne pas nuancer peut amener à de l’interprétation et donc à de fausses informations qui peuvent être par mégarde véhiculées de façon malsaine, en plus.

Les leaders mondiaux ont déterminé les codes à suivre, ou l’on pourrait aussi dire la tendance à suivre. On ne peut pas parler d’appropriation dans ce cas, car cela n’en est tout simplement pas. Ayant grandi dans ces pays, il apparaît comme normal que nous nous assimilons à son mode de vie et à ses codes. Et c’est d’ailleurs sans contestation le but recherché.

Si l’on prend la culture occidentale et américaine, ces dernières s’imposent de façon mondiale et cela ne date pas d’hier. Le but étant de s’étendre dans le monde et de répandre leur puissance. C’est la dure loi du Talion, et si nous voulons nous aussi parvenir à cette ascension et guider la tendance, il faudra dans ce cas, en plus de s’armer de patience, rédiger des articles comme celui-ci, qui n’est d’ailleurs qu’une ébauche pour l’instant, concernant l’appropriation culturelle. Car il s’agit d’un réel débat. Pourquoi étouffer les minorités si c’est simplement pour continuer à avoir la mainmise mondiale ?

Le débat est lancé…

Qu’en est-il de nous ?

 Être conscient. C’est par ce mot que j’aimerais clôturer cet article.

Soyons conscients de ces réalités, soyons conscients de ce qui se passe derrière, de toutes ces tendances, de toutes ces polémiques. Et de part cette conscience, hâtons-nous de faire bouger les choses et ne nous décourageons pas.

Nous voulons des personnes sachant analyser et agir ensuite. Pressons-nous de construire quelque chose dans nos vies. Il faut repérer les problèmes et les réparer ensuite. À notre échelle : laissons libre court à notre imagination, en créant, toujours plus. Regroupons nos savoirs pour en faire surgir quelque chose de grand.

Enlevons cette passivité et hâtons-nous d’agir. Le temps passe et nos idées doivent croître, les tendances évoluent et nous devons perpétuer les nôtres. Afin de laisser des traces, pour nos enfants.

De la même manière que je dénonce cette appropriation culturelle, je dénonce également ceux qui regardent et critiquent sans agir. Aujourd’hui, criez cette injustice sur tous les toits, mais demain : évoluez et proposer davantage. Dépêchons-nous d’agir avec conscience.

Et que cela ne nous empêche pas de nous associer avec des entreprises, des personnes souhaitant, en plus de faire monter leur chiffre d’affaire, réellement le bien et le respect de nos cultures.

Yasmine Tondo

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