Belle, intelligente et bien plus encore !

Bonjour Ruth, nous sommes ravies de vous avoir parmi nous aujourd’hui.

1) Peux-tu nous parler de toi ? Nous expliquer brièvement ton parcours scolaire et professionnel ?

J’ai 24 ans. Je suis nĂ©e et j’ai grandi en Guyane. Après l’obtention de mon bac S, je suis partie Ă©tudier dans l’hexagone. J’ai fait deux annĂ©es en classe prĂ©paratoire Ă©conomique et commerciale option scientifique avant d’intĂ©grer une Ă©cole de commerce. J’ai eu l’occasion de faire mon annĂ©e de Master 1 Ă  Rio de Janeiro par le biais d’un Ă©change acadĂ©mique. J’ai Ă©tĂ© diplĂ´mĂ©e d’un Master 2 en Finance en novembre 2016 et je suis actuellement salariĂ©e au sein de la structure qui m’avait accueillie lors de mon stage de fin d’études. J’ai effectuĂ© tous mes stages en Guyane et aujourd’hui j’exerce la fonction de chargĂ©e de mission financement et suivi de projet.

2) Si tu devais définir ta personnalité en 3 mots ?

Discrète, persévérante et susceptible.

3) Tu es originaire de Guyane, peux-tu nous parler de ta région ?

La Guyane est une région française située entre le Brésil et le Surinam. C’est un lieu où il fait bon vivre. La population est multiculturelle et très jeune. De chez nous décollent des fusées mais il reste encore beaucoup de choses à développer et à moderniser.

Concours Miss :

5) Qu’est-ce qui t’a encouragé à participer aux concours d’élection Miss Guyane ?

J’ai été encouragée à participer à l’élection de Miss Guyane suite aux divers compliments que j’ai reçus, à la participation de plusieurs copines à ce concours et pour vivre une expérience hors du commun.

6) Tu as été élue 1ere Dauphine Miss Guyane à l’élection 2016. Qu’est ce qui t’a poussé à te présenter une seconde fois ?

Les résultats en 2016 m’ont prouvé que j’avais de grandes chances d’être élue. J’ai reçu de nouveaux encouragements. Je présentais que je pouvais y arriver, que les guyanais s’autoriseraient, plus que l’année dernière, à faire un choix affectif et moins stratégique en vue du concours Miss France.

7) Comment décrirais-tu l’élection 2017 comparée à ton expérience de 2016 ? Comment as-tu vécu ces deux expériences ?

J’ai vĂ©cu l’élection 2017 avec plus d’apprĂ©hensions et de doutes qu’en 2016 car bien Ă©videmment je me suis reprĂ©sentĂ©e avec la volontĂ© de mieux faire et dans ce cas cela signifie remporter la couronne. Je savais que ma participation Ă©tait attendue et qu’il fallait que je fasse encore mieux que l’annĂ©e dernière.

8) Tu es aujourd’hui la 1ere Miss à avoir des locks ! Alors que dans le monde professionnel et en particulier celui de la beauté, les jeunes femmes aux cheveux frisés et crépus sont souvent encouragées à se lisser les cheveux et faire des tissages, était-ce une démarche volontaire de ta part de te présenter au concours avec des locks ?

Je n’ai pas fait des locks avec l’intention de me présenter à Miss Guyane. J’ai opté pour les locks car c’est un style capillaire que j’aime, c’est une coiffure naturelle et un symbole d’identité. D’ailleurs, quand je me suis lancée, j’ai pensé à l’éventualité de ne plus pouvoir être candidate à Miss Guyane par rapport à mes locks mais j’ai quand même tenu à adopter le style que je voulais en me disant que si on me trouve véritablement belle et si je dois être miss Guyane, on me trouvera aussi belle avec les locks et elles ne m’empêcheront pas d’être élue. Personne ne m’a dit de me présenter parce que je porte des locks.

9) Depuis combien de temps portes-tu cette coiffure ? Qu’est ce qui a motivé ce choix ?

Je porte cette coiffure depuis 2 ans et demi environ. Je voulais avoir les cheveux naturels et longs. L’avantage avec cette coiffure c’est qu’on perd très peu de cheveux. Par conséquent, ils poussent vite. J’ai toujours aimé voir les gens avec des locks mais je ne savais pas si ce style m’irait. J’ai donc fait des recherches au sujet du démarrage, de l’entretien, des tailles et de la façon de défaire les locks. En guise de test, j’ai essayé les fausses au diamètre et à la longueur que j’imaginais parfaits pour moi. Assez convaincue, je me suis enfin décidée.

10) As-tu eu des remarques Ă  ce sujet ? Si oui, lesquelles ?

Généralement, on me dit qu’elles sont belles, bien entretenues et qu’elles poussent. Je dois quand même préciser que je suis confrontée à des gens qui connaissent déjà ce style de coiffure puisque je vis en Guyane.

11) As-tu déjà été discriminée en raison de ta coiffure. Si oui, comment as-tu trouvé la force de passer outre et de t’accepter ?

Jamais. En tous cas, je ne m’en suis pas rendue compte parce que je ne préjuge pas des réactions des gens à ce sujet. J’ai eu les cheveux naturels quasiment toute ma vie. Pendant 2 ans je les ai défrisés puis fait des waves durant, à peu près, 2 ans également. À chaque fois, pour revenir au naturel, je me suis rasée la tête. J’ai eu ainsi des périodes « afro ». À cette époque déjà, il m’a fallu du courage pour assumer mon look au début. J’ai appris à aimer me voir avec toutes ces coupes. J’ai même reçu des compliments quand j’avais la boule à zéro. Assumer les locks était assez facile après tout ça.

 12) Comment vis-tu cette expérience en tant Miss Guyane ?

Être Miss Guyane est pour moi un privilège et je ressens le devoir de bien faire pour rendre les guyanais fiers.

13) As-tu des projets pour la suite ? Peux-tu en partager quelques un avec nous ?

Embrasser une carrière de mannequin si cette chance m’est donnée et entreprendre en Guyane.  

Expérience Internationale :

14) Nous avons vu dans les médias que tu as vécu un an au Brésil à Rio de janeiro, qui est une ville très métissée.  Que retiens-tu de cette expérience ? Comment les femmes métisses et noires sont regardées dans cette société ?

J’ai vécu à Santa Theresa, une favela pacifiée. Je louais une chambre au rez-de-chaussée d’une maison familiale. Je m’y sentais bien car la favela est calme et agréable contrairement à ce qu’on pourrait croire. Aussi, la famille chez qui j’habitais prenait soin de mon amie, colocataire et camarade de classe, et moi. La population de Rio est plutôt typée européenne mais à aucun moment je me suis sentie exclue. On me prenait même parfois pour une brésilienne ou une lusophone.

15) As-tu déjà vécu en Métropole ? Si oui quelles sont selon toi les différences avec la Guyane ?

Oui, j’ai déjà vécu en Métropole. Là-bas, les gens sont un peu plus individualistes et le rythme de vie est plus rapide. Les activités sont différentes et plus facile à trouver. Le coût de la vie est moins élevé et bien évidemment le climat n’est pas le même.

16) Comment est vécue la mixité en Guyane ?

Je pense qu’elle est assez bien vécue car elle ne date pas d’aujourd’hui. Dès notre plus jeune âge, à l’école, on côtoie différentes nationalités et on grandit ainsi. La mixité fait partie de notre quotidien et a enrichie notre culture.

Comme tu le sais, au sein d’Ayika’a nous travaillons Ă  valoriser les femmes noires et mĂ©tissĂ©es pour qu’elles soient plus justement reprĂ©sentĂ©es dans les mĂ©dias…

17) Que penses-tu de notre initiative concernant Ayika’a ? Penses-tu qu’il s’agisse d’une démarche nécessaire en France ?

Je pense que c’est une bonne initiative car il existe peu de modèles de femmes noires et métissées, surtout en France. C’est une initiative qui aidera beaucoup de femmes à avoir confiance en elles et à s’aimer.

18) Comment imagines-tu la femme noire dans 30 ans ?

La femme noire dans 30 ans, je l’imagine forte, entreprenante, fière de ses racines, de son physique, de ce qu’elle reprĂ©sente et valorisĂ©e. Elle devrait ĂŞtre Ă  la mĂŞme place que les autres. Les problèmes que vivent les femmes noires sont les problèmes que vivent toutes les femmes qui sont dĂ©nigrĂ©es par les mĂ©dias. Toute femme devrait s’accepter et s’aimer.   Nous te remercions pour cette interview et te souhaitons beaucoup de succès !


Avant Ruth nous vous présentions le photographe de mode new-yorkais, Mirzac Babic. Restez connecté sur nos réseaux pour ne rien manquer de nos prochain article !
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