Jouer avec l’art et le digital pour représenter la beauté de ces femmes oubliées. Ma passion pour le dessin m’a permis de représenter la femme noire et métissée sous format numérique tout en laissant la possibilité aux internautes de se retrouver au sein des jeux de crayons. Le dessin est un moyen de faire appel à l’imaginaire du lecteur dans l’optique de le faire adhérer à son univers artistique. Nous vous invitons donc à rejoindre l’univers AYIKA’A. – Philipe Niamien

Qui es-tu Philipe Niamien ?

Hello, moi c’est Philippe-Auguste Niamien, je suis actuellement en 2ème année de BACHELOR CONCEPTION 3D VFX ANIMATION. Avant cela, j’ai fait une bi-licence en Cinéma Audiovisuel Image, Scène et Production. Je suis passionné par l’art sous toutes ses formes, je suis dessinateur, illustrateur autodidacte et je joue du piano depuis bientôt 13 ans. J’ai notamment été au Conservatoire du centre culturel Goethe Institut à Abidjan en Côte d’Ivoire.

Pourquoi as-tu rejoint ce projet ?

Le projet AYIKA’A, je l’observais dans la pénombre depuis sa création, je n’étais donc pas insensible au sujet que soulevait ce projet : le sujet de l’image, l’image de la femme, l’image que la femme se donne ou même celle qu’on l’oblige à avoir dans cette société où tout est filtré à travers le prisme de Monsieur MÉDIAS.

Cependant, une autre partie de moi prenait de la distance car tout cela semblait être un sujet de femmes plutôt que d’hommes. Je ne me voyais pas acteur de cette lutte à l’intérieur d’un tel mouvement. De plus, moi qui ne suis qu’un artiste illustrateur/cinéaste, je me posais la question de « Qu’est-ce que je pourrais apporter à Cindy dans la réalisation de son projet ? »

Pourtant, un jour, Cindy elle-même m’a approchée. C’était facile, nous étions amis d’enfance. Elle m’a fait comprendre qu’elle souhaitait une illustration qui représentait les idées qu’elle défendait à travers AYIKA’A (je tiens à préciser que moi qui suis de nature réservée, je lui ai dit oui sans même avoir réfléchi à la question) !

Mais que venais-je de faire ? Je venais de prendre la responsabilité de réaliser l’illustration qui sera le FER de lance de ce projet, au premier plan ! Après un mois d’hésitation, je me suis mis au travail malgré la robe d’inquiétude qui habillait mon âme.

Je suis le seul noir de la promo

Les noirs, dans toutes leurs déclinaisons, souffrent en silence. Que ce soit lié à notre apparence physique ou à notre appartenance culturelle et je suis bien placé pour en parler : dans les études que je fais, il y a très peu d’africains -de noirs-. Pour vous dire, je suis le seul noir de la promo prépas, 1ère année, 2ème année, 3ème année et cycle expert compris. Je suis le seul noir sur environ 80 étudiants, ça peut paraître cocasse mais c’est bien la vérité. Je suis le point noir au centre de la feuille blanche. Cela m’oblige à constamment me battre pour rester au sommet de la pile, c’est une lutte quotidienne !

Cette lutte quotidienne m’a obligée à m’intégrer au point de finir par oublier qui je suis réellement, au point de ne plus savoir me représenter, c’est une lutte quotidienne cette histoire de l’image que nous avons de nous-même dans cette société, et, je pense que ça ne touche pas que les femmes

Qu’est ce que cela t’a apporté ?

Un jour, je me suis retrouvé face à un véritable blocage. Je ne savais pas dessiner le cheveu afro/métissé sous toutes ses déclinaisons. C’était réellement affligeant et frustrant pour moi, un africain, j’ai alors réalisé que je dessinais en trop grande majorité des personnages à la peau blanche… Quelle honte !

Je venais de prendre une véritable claque. Certaines choses qui auraient dû être naturelles étaient de véritables cas d’école pour moi ! Mais je sais que ce n’est que comme ça que l’on progresse véritablement, j’ai dû apprendre à dessiner les traits de ce type auquel j’appartiens pourtant. J’ai ainsi finalement compris la véritable signification de ce projet.