LES PERLES

Découvrez les pires phrases que j’ai pu entendre lors de ma carrière ou dans ma vie quotidienne.

J’aimerais que nous partagions tous ensemble les réflexions les plus absurdes et choquantes que nous avons pu entendre dans notre vie de tous les jours et professionnelle, liées à nos origines ou notre apparence physique.

J’ouvre le bal en partageant des réflexions qui m’ont personnellement été adressées dans le milieu de la mode.

Partagez ci-dessous en commentaire les réflexions irréfléchies dont vous avez fait l’objet. Ces réflexions auxquelles nous sommes trop souvent confronté(e)s méritent d’être dénoncées. Cette rubrique sera votre exutoire alors exprimez vous !

« Tu es trop foncée pour une métisse. »

Le terme métisse est assez explicite, un mélange de deux cultures, de phénotypes, alors certaines métisses sont plus claires, d’autres sont plus foncées de peau. Mais il n’y a pas un « profil de base » pour les personnes issues du métissage. Conclusion, cette phrase ne veut strictement RIEN dire.

« Tu as des traits de black. »

Nous vivons en France où la langue nationale est le français. Nous avons la chance d’avoir une langue riche et diverse dans laquelle il existe un équivalent de « black », « noir ». Le terme « Noir »  n’est pas tabou. Dire de quelqu’un qu’il ou elle est « noir(e) » n’est pas une insulte. Cela signifie tout simplement que vous n’êtes pas aveugle et que vous avez conscience que la personne à laquelle vous parlez, n’a pas la même couleur de peau que vous.

En ce qui concerne les traits du visage, comme pour les blancs Européens, les Asiatiques, les Méditéranéens, ou les arabes ou les Indiens, certains noirs ont le nez fin et d’autres le nez épaté, certains ont des pommettes hautes tandis que d’autres ont les joues creusées. Bref, il existe autant de traits qu’il y a d’individus. Parler de « traits black » ne peut que conduire à avoir une vision réductrice et généralisante des choses.

« Tu es plutôt jolie pour une black. »

Bon je pense qu’on a tous et toutes entendu cette phrase au moins une fois dans notre vie. Comme si nous étions la preuve en chair et en os que oui, toutes les noires ne sont pas vilaines.

Tout est critiquable dans cette phrase. L’utilisation du terme « black », la vision tristement réductrice et péjorative que certains ont de la femme noire, bref, tout !

Alors nous dirons simplement une bonne fois pour toute, que les femmes noires ont assez été dépréciées ces dernières décennies, pour que vous n’ayez pas le monopole de déterminer lesquelles d’entre elles sont belles ou pas. Si Tyra Banks, Naomi Campbell ou encore Aïssa Maiga ne suffisent pas à vous donner tort, rien ne le pourra. Et il se peut fortement que vous risquiez de mourir ignorants.

« Les noires n’ont pas de style, tu es la première à en avoir avec qui on bosse. »

Cette phrase rejoint la précédente et est tout aussi exaspérante. Le style ne dépend pas de la couleur de la peau (breaking news) mais tout simplement du milieu dans lequel on a grandi, de nos fréquentations ou encore de nos goûts.

Mettez une fille noire dans le 16ème Arr. hupé de Paris et, croyez-le ou non, il y a de bonnes chances qu’elle commence elle aussi à s’habiller avec des vêtements hors de prix (car non tous les noirs ne sont pas pauvres, autre cliché bien tenace).

« Je ne sais pas coiffer tes cheveux, peux-tu le faire toi-même? »

Dixit un coiffeur professionnel lors d’un shooting. Imaginez si demain une caissière vous disait « je ne sais pas vraiment scanner les articles, vous pouvez le faire ? ».

« Je n’ai pas ta fondation de fond de teint. »

Dixit une maquilleuse professionnelle, et pourtant je suis claire de peau. Je n’imagine pas ce qu’il se serait passé si j’avais été 100% noire et foncée.

« Au revoir Fatoumata! »

Voilà comment m’a appelée un photographe à la fin d’un shooting alors que ce dernier connaissait parfaitement mon prénom. Je suppose que tout partait d’une blague, toutes les noires (métisses incluses) sont identiques donc toutes s’appellent Fatou ou Fatoumata ou quelque chose du genre. En dehors du fait que cela montre le manque de professionnalisme flagrant de ce photographe, la phrase en elle-même est éminemment raciste.

À défaut de vouloir voir les noires comme des individus distincts et à part entière, j’invite le photographe qui peut-être tombera un jour sur ces quelques lignes, à se remettre en question dans le futur.

« Tu as des cheveux afro. »

Mes cheveux sont Curly. J’ai mis du temps à comprendre, mais pour certaines personnes, volume égal afro ? Tout comme les femmes blanches peuvent avoir des cheveux lisses, ondulés, bouclés ou encore frisés, les femmes noires elles aussi ne sont pas cantonnées à un seul type de cheveux.

« Il ne faut pas perdre de vue que tu es « typée », et que pour une femme « typée », tu es chanceuse, tu bosses beaucoup. Une fois par mois en moyenne, c’est bien, car certaines bossent chaque 3 mois. »

Il me semble qu’être « typée » renvoie, pour ces professionnels de la mode, au fait de ne pas être blanche et que cela se voit. Serait donc « typé » tout ce qui n’est pas blanc. Comme si la couleur blanche devait être la base à partir de laquelle toutes les mannequins non blanches devraient se définir.

De plus cette « perle » sous-entendrait qu’en tant que modèle « métisse » je devrais m’estimer heureuse d’avoir du travail (même si ce n’est qu’un casting par mois). Je devrais donc me taire et accepter la réalité des choses qui veut qu’être métisse et être mannequin à temps plein serait incompatible…

« Je voulais une femme noire, mais pas trop, plutôt marron avec une tête occidentale. »

Je ne sais pas vous, mais jamais je n’ai entendu qu’on cherche une femme blanche avec une tête de noire. Que voulait donc dire ce professionnel ? Très certainement qu’il recherchait un mannequin noir, mais pas trop noir. Non, prendre une femme noire serait considéré comme trop « ethnique » voire même « exotique ».

Prendre une femme métisse à l’inverse, ou alors à la limite (et je dis bien à la limite) une femme noire à peau claire, c’est beaucoup mieux parce que c’est « exotique » mais pas trop. Les blancs pourront quand même s’identifier un peu à elle.

« Ben! Ça change de l’esclavage pour une fois que c’est l’homme noir au dessus du blanc. »

Voici la phrase qu’a osé me dire un photographe professionnel lors d’une séance photo où je devais attraper la tête d’un mannequin « blanche » pour une pose. Elle était assise par terre et moi au-dessus. Je suppose qu’il s’agissait là d’un trait d’humour de la part du photographe.

C’est vrai qu’on peut rire de tout, n’est-ce pas ? Même de l’un des plus grands crimes contre l’humanité jamais commis. Crime qui a duré près de 400 ans et fait plus de 11 millions de victimes et dont les conséquences se font encore sentir de nos jours.