Aujourd’hui je tiens à vous parler d’un sujet me tenant particulièrement à cœur. Je dirais même qu’il s’agit de mon sujet « phare », celui sur lequel il ne faut surtout pas me lancer. Il a le don de me rendre heureuse, comme de me mettre en colère face à l’ignorance de certaines personnes. Vous l’avez deviné, nous allons parler du métissage, mais surtout des personnes métisses comme moi, issues du métissage, appelé « mulâtre », c’est-à-dire ceux ayant un parent blanc et l’autre noir.

Franco Ivoirienne d’origine et de nationalité, je peux vous garantir qu’au cours de ma vie j’ai dû faire face aux clichés, à l’ignorance et à la jalousie de certaines personnes, comme la plupart des « mulâtres ». Si je n’ai pas souffert de ces clichés et jugements, c’est certainement parce que je suis issue d’une famille où la diversité règne et surtout où l’on m’a toujours appris à être fière de ma double culture, en m’expliquant que ce sont ces éléments distincts qui forment mon identité et constituent une richesse. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas de tous les « mulâtres » qui, à force de vivre la pression sociale, sont contraint de choisir un camp, un choix drastique qui cause une réelle déperdition identitaire.

Avant d’aller plus loin, j’aimerais vous rappeler la définition de ce qu’est une personne métisse au sens propre du terme : « C’est un terme employé dans le langage courant, désignant des personnes nées de parents d’ethnies ou d’origines différentes ». Ainsi, il existe une multitude de métissage à travers le monde, mais pour cet article je vais essentiellement me concentrer sur mon métissage, mulâtre comme dit précédemment car malheureusement, c’est celui-ci qui fait actuellement polémique.

Ayant eu la chance de vivre dans quelques pays d’Afrique et en France, j’ai pu observer le positionnement des « mulâtres » au sein de ces sociétés différentes les unes des autres. Cependant malgré cette différence, j’ai constaté que dans ces deux zones géographiques nous ne sommes pas appréciés à notre juste valeur. En effet nous sommes injustement réduits aux deux extrêmes de notre métissage, c’est à dire « noir ou blanc ».

  • « TU TE SENS PLUTÔT BLANCHE OU NOIRE » ?
  • « TU PRÉFÈRES LA FRANCE OU LA CÔTE-D’IVOIRE ? »
  • « TE SENS TU PLUS IVOIRIENNE OU FRANÇAISE » ?

Voici trois questions que l’on me pose bien trop souvent, des questions pour lesquelles aujourd’hui je refuse de répondre car les personnes qui me posent ces questions cherchent consciemment ou inconsciemment à me faire choisir un « camp ». Un choix insensé qui n’a pas lieu d’être car je suis un mélange des deux. Et comme je l’ai dit quelques lignes plus haut, c’est malheureusement ce type de questions qui poussent les mulâtres à rejeter une partie de leur métissage.

“Anti-case” et “anti-conformiste”, je vais aujourd’hui répondre avec pédagogie à ces personnes en quête de catégorisation :

QUESTION N°1 : Suis-je plutôt blanche ou noire ?

Tout d’abord, qu’est-ce que se sentir « blanc » ou « noir » ? Je trouve que cette question n’a clairement aucun sens, car elle sous-entendrait que nous devons adapter notre comportement en fonction de notre couleur de peau. Notre personnalité, se forge chaque jour à travers les expériences que nous vivons telles que les pays où nous avons vécu, les personnes que nous avons rencontrées, les drames, les erreurs, les réussites mais surement pas en fonction de notre couleur de peau. De plus cette question irrationnelle revient encore une fois à pointer du doigt des éléments physiques d’une personne tels que la couleur de peau et qui devraient être gommés afin de se concentrer principalement sur le fond de la personne.

QUESTION N°2 : Tu préfères la France ou la Côte-d’Ivoire ?

Au risque d’en décevoir certains qui s’attendent à un choix, la Côte-d’Ivoire et la France faisant partie de moi, je vous répondrai tout simplement que je m’aime et j’aime qui je suis. Je ne me vois pas rester un an en France, sans retourner en Côte-d’Ivoire, et je ne me vois pas non plus rester un an en Côte-d’Ivoire sans retourner en France. Aussi, je dirais, que pour certains aspects je préfère la France et pour d’autres la Côte-d’Ivoire mais ce n’est pas pour autant que j’ai fait un choix entre ma mère et mon père. Le peu de fois où j’ai répondu à ce genre de questions en disant que j’aimais mes deux pays, j’ai eu droit à « Oui mais il y a forcément un pays que tu préfères à l’autre non » Une attitude qui laisse apparaître un souhait de refuser qu’une personne puisse se sentir bien et intégrée dans ces deux pays.

QUESTION N°3 : Te sens-tu plus ivoirienne ou française ?  

Je me sens autant française que ivoirienne. Il est vrai, qu’en raison de mon vécu, certains aspects de ma personnalité se rapprochent beaucoup plus de mon côté ivoirien où je suis née et ai vécu environ treize ans de ma vie.
Vous savez, la personnalité d’une personne se constitue dès l’enfance, ainsi ma vie en Côte-d’Ivoire, les odeurs, les goûts, les sensations, les coutumes de ce pays ont forgé en moi des repères qui font et feront partie de ma personnalité à vie.

Je vous donne un exemple tout simple : En Afrique, le respect est très important et lorsque nous sommes en face d’une personne plus âgée que nous, issue de notre famille ou pas, nous allons l’appeler « tata ou tonton », car c’est à la fois un terme familier et chaleureux qui marque un respect envers cette personne. En France, ce code de communication ne se fait pas, il peut même paraître irrespectueux car il est préférable d’appeler ces personnes par leur « prénom » ou par « madame, monsieur ». Une différence parmi tant d’autres qui m’ont demandé beaucoup de travail d’adaptation.
De plus, tous mes amis(es) proches ou moins proches sont africains, voire majoritairement ivoirien car nous partageons un vécu, des rites et expériences similaires. Vous pourrez dire à la suite de ces dires que je suis communautaire, mais rassurez vous, je ne le suis pas. L’Homme est connu pour tisser des liens avec des gens qui lui ressemblent, Je me sens moi-même en leur compagnie, nous nous comprenons facilement et nous avons plus ou moins la même vision des choses.

Les couleurs du métissage

 Il y a également ce côté chaleureux, que je ne retrouve pas chez certains français de pure souche, une certaine distance qui m’empêche d’avoir une relation amicale aussi forte que celles que je peux avoir avec des africains. D’ailleurs, en arrivant en France beaucoup de personnes noires et blanches pensaient que je ne souhaitais pas m’intégrer, car je n’arrivais pas à être proche d’eux et à partager des activités communes. Selon moi, cela n’a rien à voir avec l’intégration, surtout qu’étant française, je n’avais pas besoin de m’intégrer au sein de ma propre société que je connais parfaitement. Il faut juste comprendre qu’une partie de ma personnalité fortement axée vers l’Afrique m’incite à me rapprocher des personnes ayant un vécu similaire au mien. Cependant, je tiens à préciser que j’ai des amis autres que africains et qui ont des vécus différents du mien. Je constate juste que le degré d’amitié et de proximité est moins fort.

Ce n’est pas pour autant que je ne me revendique qu’uniquement ivoirienne, bien au contraire je suis très fière de mon côté français. J’ai eu la chance d’avoir une éducation vraiment mixte à la fois à l ‘école et à la maison. En effet, j’ai fait toute ma scolarité dans des écoles françaises dans lesquelles on pouvait retrouver toutes les origines diverses du fait du fort taux d’expatriation avant les diverses crises politiques.  A la maison, il y a toujours eu deux types de gastronomies, d’un côté les plats français grâce à mon père et les plats ivoiriens grâce à ma mère. Mes deux parents ont toujours veillé à ce que nous baignons dans nos deux cultures et je les en remercie encore aujourd’hui.

Je peux manger à la main mon Garba (plat typique ivoirien) autant que mon foie gras dans un restaurant étoilé, une adaptabilité qui me permet de m’épanouir dans ces deux modes de vie, sans les comparer. Aujourd’hui je vis à New York et pour mon équilibre personnel, je dois revenir régulièrement en France ainsi qu’en Côte-d’Ivoire car j’en ressent très vite le manque et cela peut se voir dans mes vidéos sur Instagram… « LOL ».

Je suis autant ivoirienne que française, et cela avec les qualités et les défauts de chacune de mes patries !

UNE SOLUTION : L’EDUCATION 

éducation

Cela ne sera malheureusement pas le cas de beaucoup de mes frères mulâtres qui pour certain ne connaissent qu’un seul de leurs pays et se revendiquent donc par dépit plus d’un côté que de l’autre.

C’est à ce moment là que l’éducation et le rôle des parents est capital dans la construction identitaire d’un enfant. Il y a quelques mois, un jeune homme tout juste devenu père m’a écrit via mon Instagram pour me demander des conseils sur l’éducation à donner à son fils métis Franco – Camerounais, car il avait peur que son enfant développe une crise identitaire à cause du regard des gens qui voudront à coup sûr le mettre dans une case : soit blanc, soit noir puis soit camerounais, soit français, mais jamais les deux.

Je lui ai conseillé avec l’aide de sa femme de parler à leur fils de sa double culture dès le plus jeune âge. Il faut que cet enfant métis puisse être fier de ce qu’il est réellement. Je lui ai aussi fait comprendre que son fils sera inévitablement confronté aux clichés et à ce genre de remarques désobligeantes, mais que c’était leur rôle en tant que parents, de veiller à ce que l’enfant se revendique Franco- Camerounais à par entière en non comme l’un ou l’autre.  

Vivant en France, j’ai conseillé à cette jeune famille de retourner si possible au Cameroun de temps en temps avec le petit afin qu’il découvre et s’épanouisse dans sa culture Africaine. Il est vrai que parfois, les moyens ne nous le permettent pas, mais de nos jours, nous avons internet, des livres qui parlent des cultures africaines, alors je pense qu’il n’y a vraiment plus d’excuses pour refuser d’en apprendre sur ses cultures.

Je vous raconte cette anecdote pour vraiment faire comprendre à certains parents ayant des enfants métis issus de toutes horizons mais tout particulièrement les parents des enfants mulâtres qu’il est primordial et capital de parler à leurs enfants de leurs origines et leurs cultures pour éviter les complexes identitaires qui parfois ont des conséquences catastrophiques sur le futur de l’enfant. Je prends exemple d’une amie, qui est métissée africaine, caribéenne et française et qui a été élevée 100% à la française, alors que ses parents connaissaient tout les deux leurs origines et qui par manque d’intérêt n’ont pas jugé judicieux d’enseigner ne serait ce que les fondamentaux de ses deux autres cultures.

Lorsqu’elle demandait à ses parents de visiter leurs pays, voici la triste réponse qu’elle recevait : « Laisse tomber l’Afrique, les routes ne sont pas encore finies, on ira l’an prochain ». Un postulat parental choquant qui au final imprègne l’enfant dans son être au point de finir par dénigrer l’Afrique.

Ne pas avoir de ressources financières suffisantes pour se rendre au pays est une chose, ne pas connaître ses origines, afin de les transmettre à ses enfants en est une autre, cependant je trouve intolérable que des parents nés au pays, et qui ont encore des proches là-bas, incitent volontairement leurs enfants à fermer les yeux sur leurs origines. C’est une réelle honte. Une sorte d’égoïsme et d’ingratitude envers la terre qui les a vu naître et qui malheureusement pousse les enfants noirs ou métis à développer des complexes et de la frustration.

Les couleurs du métissage

J’en connais des métis « mulâtres », qui ont choisi leur camp et du coup, nous, métis qui revendiquons notre double culture nous faisons insulter, traiter de vendus par nos propres frères du même métissage. Est-ce nécessaire ? Je ne pense pas. (Mais nous y reviendrons plus loin).

Heureusement, j’ai le sourire aux lèvres lorsque je vois certains enfants noirs et métis qui souhaitent malgré ces barrières parentales connaître leurs origines en voyageant, en lisant et regardant des documentaires. L’amie dont je vous parlais précédemment fait maintenant partie des ces jeunes qui ne connaissent que la France mais qui avec de la motivation souhaite se lancer dans la quête aux origines. Je vous invite donc à faire comme elle chers amis, il n’est jamais trop tard pour apprendre et savoir d’où l’on vient.
Et vous verrez, que vous ne le regretterez pas car dans toutes cultures il y a de la fierté, de l’émotion, de la passion et de la beauté.

Pour conclure cette partie, il est vraiment regrettable de voir en 2018 des parents d’enfants mulâtres inquiets au sujet de l’insertion sociale de leurs enfants et sur leur construction identitaire ! Cela devrait être un sujet à de joie car c’est l’occasion de constituer une nouvelle union entre deux cultures et de célébrer son héritage, mais surtout de célébrer une VIE.

Je ne pouvais plus me taire. En 2018, on devrait être accepté pour ce que nous sommes réellement et non pour notre « différence ». Ce sont ces éléments distincts qui font la personne que nous sommes !

ÊTRE METISSE EN AFRIQUE VS ÊTRE METISSE EN EUROPE :

Comme vous le savez j’ai eu la chance de vivre autant en Côte-d’Ivoire qu’en France, je sais donc ce qu’est être un « mulâtre » dans ces deux zones géographiques.

En Afrique,

Le mulâtre est considéré de blanc quelque soit l’intensité de sa mélanine. Certains africains ne sont pas capables de faire la distinction entre un blanc et un métisse « mulâtre », une chose qui, pourtant selon moi saute aux yeux. D’après moi ce comportement est volontaire et vicieux, il a pour but de marquer directement la différence. Certains noirs ont développé depuis l’époque de l’esclavage un sentiment d’infériorité injustifié envers les personnes plus « Claires » de peau qu’eux, un sentiment absurde qui malheureusement perdure aujourd’hui à travers les générations.

Quand petite j’allais voir mon grand-père maternel, il appelait tout le quartier pour qu’ils viennent voir ses petits-enfants métis. Il disait souvent « mes petits-enfants métis sont là, mes métis arrivent il faut bien s’en occuper, préparez-leur de la bonne nourriture. » C’est vrai que c’est mignon et que cela partait d’une bonne intention, mais cela montre qu’il y a un véritable complexe et que les personnes claires de peau ou blanches sont mis sur un piédestal contrairement aux africains noirs. La logique aurait voulu qu’il soit enthousiaste de voir ses petits enfants quelques soit leurs couleurs de peau et non parce qu’ils ont la peau claire.Les couleurs du métissage

En Afrique comme j’ai eu à le dire dans plusieurs articles notamment ici, la femme métissée, est considérée comme « l’idéal de beauté à atteindre », ce qui fait que la dépigmentation de la peau par exemple sévit encore trop fortement. Etre mulâtre en Afrique c’est être mis sur un piédestal qui fait que la plupart des métis ont développé un complexe de supériorité. Mais les populations noires doivent comprendre que si beaucoup de métis se comportent de cette manière, c’est aussi parce qu’elles leurs en donnent l’occasion au lieu de les considérer comme des semblables. Heureusement ce sentiment de supériorité n’est pas partagé par tous les métis car au risque de me répéter, « Tout est une question d’éducation ».
Ma mère a toujours veillé à ce que je sois respectueuse envers autrui et que je sois humble face aux compliments que je reçois depuis toute petite. Je n’ai rien fait pour avoir le physique que j’ai aujourd’hui, seul dieu en est à l’origine, il est donc normal que je le remercie en développant de l’humilité et de la reconnaissance.  

Pour revenir aux stéréotypes sur les métis, voici deux phrases choquantes que j’ai pu entendre de la bouche d’africains à notre sujet.

« Les métis, si tu as raté leurs éducations, une femme c’est une P****, un homme c’est un voyou et un drogué »

« Les métis sont racistes et reste qu’entre eux »

Des paroles fortes qui reflètent un réel problème autour des métis. Pourquoi une personne métisse mulâtre, devrait être systématiquement une P****, un voyou ou un drogué dès sa naissance ? Un nouveau née est innocent, et ce sont les expériences de la vie qui déterminent sa personne. Il est évident que l’éducation permet parfois d’éviter ce type de destins tragiques mais cela peut arriver à tout le monde et non pas qu’aux métis. Un Noir, un blanc, un jaune, rouge, bleu, sont tous des potentiels voyous, drogué et autres. Ce sont plutôt nos fréquentations, l’affection parentale, nos choix, nos expériences qui déterminent notre avenir. Ce postulat de prédétermination doit prendre fin dès à présent.

En Europe,

Selon moi, être mulâtre est différent, nous sommes considérés de « noirs » dans la plupart des cas, mais nous serons toujours mieux perçu qu’une personne noire. Le métis représente un « exotisme accessible », dans le sens ou les blancs se reconnaissent plus facilement en lui plutôt qu’en une personne noire. Cela dit, je note une inquiétante paresse intellectuelle chez certaines personnes blanches incapables de faire la différence entre une personne mulâtre et une personne noire.  

Lorsque je suis arrivée en France à l’âge de 16 ans, j’ai été confronté à des remarques hallucinantes du genre :

« Tu es vachement claire comparée aux autres noirs, comment ça se fait ». Je dois avouer que je fus choquée de voir que certaines personnes ne faisaient pas la différence entre les différents profils de « non blancs » et finalement ne prenaient pas en considération le métissage.  

Je me souviens que pour expliquer mon métissage, j’étais obligé de montrer une photo de mes parents, noir et blanc afin que ces derniers comprennent les enjeux de la génétique qui sont pourtant enseigné dès la 4ème. Cependant malgré ces explications j’ai souvent eu droit à cette phrase incroyable : « oh mais c’est drôle ta mère est vachement plus noire que toi et ton père plus blanc » ! SERIOUSLY ?

Il faut expliquer à ces personnes que le métissage est un jeu de hasard si je puis dire, deux métis peuvent avoir un enfant très foncé de peau tout comme un couple noir et blanc peut avoir un enfant très clair de peau (Blanc) et un autre très foncé (Noir), ou encore intermédiaire. Il est impossible de prédire le type de métissage de son enfant, il faut laisser la beauté de se mélange jouer de sa magie et apprécier le résultat quel qu’il soit.

Les couleurs du métissageIl y a aussi cette phrase « oh mais tu viens des iles toi c’est obligé avec cette beauté », qui confirme que pour certaines personnes, le métissage autre que celui des îles n’est pas possible, et qu’une « belle femme métisse » ne peut venir que des îles … « Merci Francky Vincent LOL ».  Aux yeux de ces personnes, voilà ce qu’est le métissage, plus une femme est bronzée, plus ses cheveux sont frisés, plus vite elle est mise dans la case « Femme des îles ».

Plus les générations passent, plus nous observons une multitude de métissages tels que les Afro/ Caribéens, les Eurasiens, Les Blasians, Occident/ Afro et beaucoup d’autres que je ne peux imaginer. En plus de cette ignorance, je constate que ces personnes ne connaissent absolument pas le monde qui les entourent, en particulier le brassage culturel et le continent africain. En effet j’ai une connaissance que j’ai rencontré dans le cadre de mes études (Bac +2) qui m’a dit : « Mais tu viens d’où Cindy » à qui j’ai répondu naturellement que je suis française et ivoirienne. Celle-ci me répond « ah Côte-d’Ivoire, j’en étais sûre que tu venais des îles ». Belle réponse LOL.

Les îles ne sont pas une sorte de « Mulâtres Land », en effet je constate avec regret cette idée préconçue dans l’esprit de certaines personnes qui sous-entend qu’il n’y a que mon type de métissage dans les îles. Il est important de rappeler qu’il existe dans ces zones géographiques une multitude de métissage. Il y’a une forte diversité de personnes tels que des noirs, blanc, typé indien et bien d’autres physiques.

Je vous parle ici des occidentaux, mais croyez-moi que je suis toujours surprise quand certains antillais me parlent créole dans la rue comme si mon physique faisait de moi une antillaise à coup sûre. Et lorsque que je casse leur élan communautaire, j’ai droit à une phrase assez perturbante qui reflètent bien les tensions entre africains et antillais : « depuis quand les africaines sont belles » ? ou « ha c’est le côté français qui t’embellit ».  

Des réflexions qui comme je l’ai dit précédemment ne devraient plus raisonner dans nos esprits en 2018. Seul l’éducation, la volonté d’apprendre et surtout une réelle acceptation de la part des mulâtres sur leur bi-culturalité, permettra de mettre fin à cette ignorance.

LES MÉTIS PERSÉCUTEURS :

Je m’adresse ici directement aux mulâtres qui nous traitent de vendus lorsque nous prônons notre « bi-culture » haut et fort. Sachez que si VOUS n’avez pas envie de revendiquer votre double culture blanche et noire, je vous prie de laisser en PAIX ceux qui souhaitent le faire sans se sentir persécuté et jugé. J’imagine que vous agissez de cette manière car quelque part, vous en avez aussi marre que l’on pointe du doigts votre métissage et qu’il soit un sujet tabou pour certain.

Nous aussi, souhaitons être apprécié à notre juste valeur, même si cela doit passer par des cris et des actions de groupe pour vous faire part de notre joie et fierté d’être métis.
Vous aurez beau choisir votre camp, sachez que si vous êtes issus d’un couple blanc et noir, vous êtes le fruit des deux à part entière et cela même si la société vous impose un choix.
Si vous ne souhaitez pas revendiquer cette double culture, je trouve cela dommage, mais je suis compréhensible et respecte votre choix car tout est question d’expérience humaine et de vécu. Il est important de se respecter mutuellement si nous souhaitons une bonne cohésion sociale même si nous avons des idées divergentes.

REVENDIQUER SA DOUBLE CULTURE EST-CE UN CRIME ?

Récemment, je parlais avec un ami mulâtre qui me disait qu’il ne comprenait pas pourquoi je revendiquais mon côté blanc autant que le côté noir, car selon lui les blancs me voient en noire chose que je dois accepter ! Dommage pour lui mais c’est justement cette vision des choses qui me donne encore plus envie de prôner ma double culture car je me rends compte que le faire, c’est comme si tu commettais un crime et j’ai comme l’impression que pour certaines personnes, le fait de se définir comme blanc et noir, c’est avoir honte de l’un de nos cotés. J’ai expliqué à cette personne, comme je le fais à tous, que ce n’est pas parce que les occidentaux me voient comme une noire, que je dois me définir tel quel.

J’ai vraiment l’impression que pour les personnes très « BLACK AND PROUD », certaines d’entre elles ont du mal à comprendre que certains mulâtres revendiquent leurs identités multiples et pense que nous avons honte de notre côté noir.  Si une femme métisse a le malheur de se revendique « métis » auprès de certains africain, de surcroît auprès d’une femme noire, directement celle-ci va penser que la métisse se mets au-dessus d’elle en montrant qu’elle est plus belle physiquement, alors que NON, je le fais simplement parce que c’est ce que je suis.  Je revendique ma double culture car je ne peux pas choisir entre mon père et ma mère et parce que je suis attachée autant à La France qu’à la Côte-d’Ivoire.

Pour vous montrer à quel point la société a fini par formater cet ami, malgré mes arguments permettant de lui faire comprendre ma façon de penser et expliquer que même s’il ne revendique que son côté noir suite au racisme auquel il a fait face dans sa vie, il restera à vie un mélange de blanc et de noir. Etonné par mes dires, voilà ce qu’il m’a répondu :

« Quand Obama a été élu, on n’a pas dit « le premier président métis américain, mais le premier président noir »

« On dit bien café au lait, donc tu vois le café est plus dominant donc le côté noir ».

« Etre métis ce n’est pas une race »

Je vous avoue que ces mots m’ont bien fait rire. Est-ce que, parce que Obama, ancien président des USA, lors de son sacre, n’a pas été qualifié de président métis nous devons nous considérer d’office comme une personne noire ?

Tout d’abord, il faut contextualiser : Aux Etats-Unis, on a longtemps considéré comme noire, une personne ayant un simple pourcentage de sang Afro dans ses veines même si celui-ci provenait de ses ancêtres. La « Règle de la goutte de sang », institutionnalisée dans plusieurs états du sud, servait de base au régime ségrégationniste longtemps après la fin de l’esclavage.  

Malheureusement, en 2018, malgré la fin de la ségrégation, l’influence de ce passé reste encore trop présente dans la société américaine et la question du métissage est encore tabou. Cet exemple montre à quel point l’homme a le don de mettre dans des cases les personnes selon leur convenance. Les séquelles de l’histoire des noirs sont lourdes et nous en payons les conséquences de nos jours. Mais au risque de me répéter, c’est vrai que ce n’est pas facile de tourner la page, mais il faut savoir aller de l’avant, pardonner et assumer qui l’on est réellement sans se soucier du regard des autres. Mais encore faut-il savoir qui l’on est et d’où vient-on !

Aujourd’hui, je vis aux USA et malgré que beaucoup de personnes me considèrent comme noire, je revendique même ici ma double culture, mon côté blanc et noir ce qui passe plus facilement car je suis étrangère dans ses rue New-Yorkaise. Cependant, pour une américaine métisse, revendiquer ses deux côtés serait très mal vue à la fois par certains blancs qui refuseront de l’accepter telle qu’elle mais aussi par certains noirs pour qui agir de la sorte serait un manque de respect pour leurs ancêtres.

Concernant l’expression « café au lait », qui, vous le savez, qualifie les métis mulâtres depuis des années.  Je tenais à faire comprendre que si j’ai envie de changer et dire « lait au café » je peux très bien le faire aussi, et donc ce n’est pas pour une réflexion comme celle-ci, inventer par un humain qui me fera croire que je ne suis que noire, sous prétexte que le MOT café se trouve avant le lait. Je suis « lait au café, café au lait, café avec beaucoup de lait », si tu veux mais je ne suis pas noire, et cela n’est pas de la honte ou du racisme vis-à-vis de mon côté noir. Je suis métis, accepte-le !

« ÊTRE MÉTIS CE N’EST PAS UNE RACE » :

human race

Une expression intéressante qui met en lumière une belle contradiction. En effet, c’est justement parce que le métis n’est pas une race, qu’il peut se revendiquer de tout type! C’est-à-dire autant noir que blanc, asiatique qu’européen, africain que caribéen…
Je rajouterai aussi qu’il n’y à pas plusieurs race, mais  qu’une race: LA RACE HUMAINE.

 

LES MULÂTRES DANS LE MONDE :

Etre mulâtre dans le monde qu’est ce que c’est ? Comme dit plus haut, un mulâtre sera généralement considéré comme une personne noire quoi qu’il arrive, hormis en Afrique où nous sommes pris pour des blancs.

Aux USA, comme expliqué précédemment, nous avons la fameuse règle de la goutte de sang. Cependant, en Afrique du sud, les mulâtres sont considérés comme des métis, une appréciation qui vous le verrez un peu plus loin s’avère aussi être un handicap.

J’ai eu la chance de passer quatre mois à Cape Town, située au sud des terres de Nelson Mandela où j’ai eu l’occasion de découvrir la « Rainbow nation” appelée de la sorte pour sa diversité.  

Derrière la belle carte postale, le pays est divisé du fait de leur histoire, l’Afrique du sud est un pays où règne encore un fort racisme au point d’être qualifié « d’apartheid des temps modernes ». En effet les tensions sociales sont encore très présentes avec des quartiers pour les blancs, les noirs, et d’autres pour les métis. Des écoles de blancs, de noirs et de métis qui, rappelons-le, autorisent la mixité sociale mais qui malheureusement ne font pas le poids face aux standards de cette société. Il est impensable pour des parents blancs de mettre leurs enfants blancs où des enfants noirs sont inscrits et vice versa.  

Les métis d’Afrique du sud sont appelés les « Coloured », originaire du Cap et de la province du Cap-Occidental, ce sont des personnes mélangées, ni blanches, ni noires, ni asiatiques. En Afrique du sud, être « Coloured », c’est tout une culture qui va bien au-delà du mélange ethnique et culturel. Selon les dires, c’est cette complexité qui fait que les adjectifs « métis » ou « mixed race » ne sont pas assez représentatifs de cette communauté.

D’ailleurs, lorsque je vivais à Cap Town, il m’arrivait d’interroger les sud africains sur l’origine de cette communauté, mais ces derniers étaient dans l’incapacité de trouver une explication précise à cette terminologie. Certains me répondaient que les « coloured » sont le fruit du mélange entre les premiers habitants de la province du cap (les Khoisan, un groupe ethnique sud-africain) et les colons Européens, ainsi que les esclaves mélanésiens. Elle comprend aussi les enfants des couples mixtes (Blanc et noir sud-africain) .
Durant mon séjour en Afrique du sud, je pensais que j’étais considérée comme une « Coloured », mais à chaque fois, ils me disaient « you are mixed girl ». C’est ainsi que j’ai compris que le peuple « coloured » était propre à la population sud-africaine et non aux étrangers.

Colored

Cependant, les « Coloured » ont beaucoup de mal à s’intégrer dans la société Sud-Africaine. Il faut savoir que pendant l’apartheid, l’obsession de la pureté des races était une réalité, au point que le gouvernement à mis en place plusieurs loi interdisant les rapports entre les « races ». Les « Coloured » étaient donc perçus comme des « Enfants du péché ».
Considéré comme des « B***** de blanc » par les noirs, et pour les blancs, comme des personne pas totalement blanche non plus.

Naturellement, être « Coloured », pendant cette période, était un statut complexe : « Pas assez blanc pour les blancs et pas assez noirs pour les noirs » et c’est la raison pour laquelle, même aujourd’hui cette communauté continue de souffrir des représentations attachées à l’idéologie ségrégationniste.  

Ils ont été laissés à part, et le sont toujours de nos jours et ont du mal à se faire une place dans la société sud-africaine, en particulier à Johannesburg ville majoritairement noir.  C’est ainsi qu’une grande partie de cette communauté a fini par sombrer dans la criminalité, la délinquance, la drogue, l’alcool, et les gangs. Comme j’ai dit il y’a une réelle haine au sein de la société Sud-Africaine. J’ai l’impression que les « Coloured », considéré comme les « enfants du péché », payent doublement les conséquences par rapport aux autres communautés.  Etre « noir » dans certaines villes sud Africaine, est un statut qui te permet d’avoir plus d’avantage qu’être « Coloured ».

L’état ne fais pas grand-chose pour les aider et c’est ainsi que pour s’en sortir, certains « coloured » n’ont pas d’autres moyens que de sombrer dans la perdition. L’an dernier, ils se sont révoltés à Johannesburg, car ils en avaient marre d’être si délaissés dans la société sud-africaine et parviennent même parfois à ne pas trouver de travail en raison de leur statut de « Coloured », car certaines entreprises n’embauchent pas cette communauté.

Je vais donc m’arrêter ici car cela pourrait faire l’objet d’un article entier à lui seul et je vous encourage vivement à vous renseigner sur le sujet. Mais en attendant je vous joins ici ces liens qui mettent en avant de réels problèmes sociaux basés sur la race.

“Afrique du Sud: la communauté métisse demande plus de reconnaissance – RFI.” n.d. http://www.rfi.fr/afrique/20150822-afrique-sud-khoi-san-communaute-metis-noirs-blancs-coloured-brown.
“Afrique du Sud: les métis en colère – RFI.” n.d. http://www.rfi.fr/afrique/20170514-afrique-sud-metis-colere-coloured.
Cessou, Sabine, and Samba Doucouré. 2005. “Afrique du Sud : Les métis restent sans voix.” March 24, 2005. http://africultures.com/afrique-du-sud-les-metis-restent-sans-voix-3718/.

 

Bouleversée par cette haine et cette rivalité ethnique, je me devais en tant que femme métisse, mais avant tout humaine, d’aborder ce sujet. Saviez-vous que la plupart des plus grandes guerres et génocides ont eu lieu à cause des tensions et rivalités ethniques ?

Je prie tous les jours Dieu pour qu’il favorise l’évolution d’un monde meilleur, un monde où l’Humain sera apprécié à sa juste valeur et non pas parce qu’il est riche, noir, blanc, grand, petit… Nous devons voir au-delà de tout çà !!

Au lancement de AYIKA’A, j’ai été confronté à des remarques du type « Vous êtes là pour faire la promotion des métis uniquement » et bien d’autres de ce genre qui sous entendaient que nous faisions à travers ce projet, l’éloge d’une « race supérieure ».

J’en ai assez de me justifier sur ce sujet, si j’ai voulu inclure des femmes métisses dans ma lutte c’est tout simplement parce que je suis une femme métisse blanche et noire mais aussi parce que malgré la multitude de projets dénonçant le racisme et les discriminations entre les noirs et les blancs, je ne me suis jamais senti représentée entièrement.

Des projets qui défendent les métis hommes comme femmes se font très rares, et pourtant vous avez pu voir que ces derniers subissent eux aussi des discriminations au même titre que les noirs, les arabes, les asiatiques et pleins d’autres.

Ce qu’il faut retenir c’est que AYIKA‘A fait partie d’un panel de projets qui luttent contre les discriminations. « Luttons ensemble contre la discrimination, prônons la diversité et le recentrage de l’Humain au cœur des pensées ».

Les couleurs du métissageJe suis heureuse de voir des personnes noires et  blanches qui nous félicitent pour ce projet, je suis tout aussi heureuse de voir des métis comme moi qui nous remercient car à travers AYIKA’A nous avons pu mettre des mots sur leurs malaises et leurs peines qui jusqu’à aujourd’hui n’apparaissaient pas dans le prisme social.

Vous rappelez-vous du scandale autour de l’enfant de Hapsatou Sy? Jeune femme entrepreneuse et journaliste qui à vu sur les réseaux sociaux son bébé de 1 an se faire insulter de tous les noms sous prétexte qu’il soit issu d’un père blanc et d’une mère noire et que cela est une « honte » pour la France.

Je me rends compte que ce monde manque CRUELLEMENT d’AMOUR, c’est un monde inhumain et nous devons ensemble, main dans la main, essayer de le rendre plus tolérant et moins axé sur l’apparence physique. C’est à travers des projets tels que AYIKA’A que nous parviendrons à véhiculer ces valeurs à l’échelle internationale. Il n’est plus tolérable que ce genre de violences morales et physiques puissent perdurer en 2018.

Alors, je vous dirais que je prônerai et défendrai les valeurs de L’HUMAIN avant toute chose et cela peu importe sa couleur de peau ! Car l’amour ne voit pas les couleurs. Si je vis aujourd’hui c’est par AMOUR, et je me dois de répandre ce cadeau de la vie.  

AU FINAL ÊTRE MÉTIS C’EST QUOI ?

Pour moi, être métis ne se limite pas uniquement à des origines ethniques, une couleur de peau ou une nationalité, mais aussi à un vécu. Mon père par exemple est un fruit du métissage, il est née en France où il a grandi, puis s’est marié avec des africaines avec qui il a eu des enfants métis et avec qui il a également traversé plusieurs pays du continent africain.

Au final la personne métisse c’est la personne qui porte en elle une diversité de cultures et qui surtout connaît les particularités de ces cultures. C’est bien pour ses raisons, que je continuerai à crier haut et fort, mon identité de métisse malgré cette société qui nous freine dans cet engagement.

« Plus on me bloque, plus j’ai envie de continuer pour aller encore plus loin».

Pour conclure cet article j’aimerais vous poser comme question : « Etre une personne métisse c’est quoi pour vous ? » 

N’hésitez pas à nous écrire ou à commenter cet article avec votre vision des choses car c’est en échangeant que nous bâtirons l’idéologie de demain.

Je vous dis à bientôt pour un nouveau sujet et n’oubliez pas de mettre l’amour avant tout dans vos vies.

LA BISE

Cindy Babin

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