Le Brésil est considéré à l’heure actuelle comme le pays le plus « métissé » du globe. On estime que chaque citoyen brésilien est descendant d’un européen, d’un africain, ou bien d’un amérindien. Bien que les personnes jugent beaucoup le métissage à travers une couleur de peau. En réalité au Brésil comme dans toutes nations, le métissage se ressent surtout à travers l’héritage culturel et nos nombreux ascendants.

En 1852, l’ethnologue Gilbert Freyre écrivait « tout Brésilien, même quand il est clair et qu’il a les cheveux blonds, porte dans l’âme l’ombre ou la marque de l’indigène ou du Noir ».

Au Brésil, ils existent plusieurs classifications de couleur de peau (blanc, noir, métis, indien, jaune…) mais en réalité, peu importe la couleur de peau. Le brésilien est considéré de métis de par les différentes populations/ethnies qui sont venus s’installer au Brésil et les unions qui se sont créés entre ces populations.
Mais comment le métissage a-t-il été institué dans ce pays ?  Seul état portugais de l’Amérique Latine. Comment cette politique de « blanchiment ethnique » est-elle entrée dans les mœurs brésiliennes ? Au point de devenir un réel enjeu social, culturel et politique…
Au point de masquer les réalités racistes et discriminatoires qui persistent toujours dans le pays derrière cette « démocratie raciale ».

 


 

Nous estimons que l’esclavage au Brésil a commencé vers 1530. Dès l’arrivée des esclaves africains sur la terre brésilienne, les colons font comprendre qu’il existe une certaine catégorie sociale à appartenir et une autre à laquelle il ne faut pas appartenir.

Les esclaves noirs ainsi que les amérindiens sont au plus bas de l’échelle sociale et les colons blancs à la plus haute échelle.
Parmi eux, il y a la classe sociale des métis qui obtienne plus ou moins des privilèges.
Cette classe sociale est composée de personne issue d’un métissage noir-blanc, amérindien-blanc ou alors les trois combinés. À partir du moment où la personne avait du sang blanc, elle pouvait voir le cours de sa vie « sauvé » en raison de cette petite goutte de « sang blanc ».   

En général, ces enfants naissaient à partir des relations entre colons et femmes esclaves indigènes ou africaines. Il était très rare de constater que ces relations étaient consenties… Les viols entre ces filles et ces vieillards étaient bien courants…
Clairement, ces femmes représentaient des objets sexuels pour leurs maîtres et parfois même des initiatrices sexuelles pour les fils de ces maîtres.

Et ces relations entre maître et esclaves, suscitait une grande jalousie de leurs femmes blanches. Au point où celles-ci pouvaient même utiliser la barbarie et la torture pour exprimer leur mécontentement.

Mais pourtant, le résultat impressionnait toujours.

Roger Bastide sociologue et anthropologue français, spécialiste de la société Brésilienne avait étudié à de nombreuses reprises les différentes composantes ethniques du Brésil. Et c’est lui-même qui avait affirmé ce phénomène de blanchissement avec la phrase suivante « au Brésil, une goutte de sang blanc suffit à classer l’individu dans le groupe des Blancs ».

C’est ainsi que les populations noires ou du moins les populations du pays à la peau foncée, s’adonnaient à des relations avec des personnes claires. Dans l’espoir de voir un jour, leur futur ainsi que celui de leurs enfants, amélioré.

Durant l’esclavage, à plusieurs reprises il est arrivé que la femme esclave pouvait se retrouver esclave de son propre fils-maître.

Il existe une célèbre peinture qui représente parfaitement cette idéologie.
En 1895, 7 ans après l’abolition de l’esclavage au Brésil. Un peintre espagnol du nom de Modesto Brocos met en œuvre une famille brésilienne composée d’une femme noire, sa fille métisse, son beau-fils blanc et leur fils blanc.

 

 

Cette toile représente parfaitement cette idéologie car le peintre à particulièrement disposé les éléments dont les personnages de manières bien précises.

  • Si vous voyez cette femme noire lever ses mains vers le ciel (nous pouvons supposer qu’elle prie et qu’elle remercie le seigneur), c’est qu’elle remercie tout simplement la vie d’avoir épargner sa descendance. Elle étant née noire à surement dû endurer une vie très difficile par rapport à sa couleur de peau, son rang, sa condition.
  • Sa fille étant métisse (son géniteur devrait probablement être un homme blanc) à vue sa vie beaucoup moins difficile que sa mère.
  • Son petit-fils lui, aura une vie toute aussi meilleure qu’elle !
  • Son père étant blanc en plus dans un Brésil d’après-esclavage, il représente l’espoir de la famille, la nouvelle génération et nous pouvons même parler de victoire ou de récompense…

Comme dans la Caraïbe, il n’était pas rare de constater que de nombreuses mères de familles incitent leurs enfants et en particulier leurs filles à « ramener » des conjoints clairs voir blanc de peau pour sauver la famille.

On appelle aussi cela le « métissage industriel». Et sans s’en rendre compte directement, c’était une manière d’exterminer le peuple noir.

Car oui, clairement, le gouvernement brésilien a institué et contribué à ce blanchissement ethnique. Cela allait de la privation des droits des noirs/indigènes à l’incitation au voyage des peuples européens.
Des millions d’européens ont été amenés à « repeupler » le pays dans le seul but d’éliminer physiquement et culturellement les africains et indiens.
Nous pouvons alors même parler d’une sorte de « devoir national ».

Je parle particulièrement des femmes car il était plus « facile » pour les femmes noires de se mettre en ménage avec des hommes blancs.
Nous revenons alors en arrière, lorsque l’esclavage était toujours d’actualité au Brésil. Comme dit plus haut, ce sont les maîtres qui abusaient sexuellement les femmes esclaves. Mais pourquoi les hommes esclaves n’étaient pas systématiquement violés ? (Bien que je ne rejette pas l’idée qu’eux aussi ont peut-être été victimes de ces violences).
C’était une façon de renforcer la domination masculine, l’ordre social patriarcal même dans le système esclavagiste.

La femme étant déjà qualifiée d’inférieur à l’homme, la femme esclave était vue comme l’objet sexuel, le fantasme, l’érotisme…
L’homme blanc pouvait avoir ainsi sa femme blanche et sa maîtresse noire avec des enfants qu’il aura eus avec celle-ci et qu’il ne reconnaîtra pas forcément aussi.

D’après de nombreuses études, les origines du métissage au Brésil sont assez conditionnées. En général c’est du côté paternel que proviendraient les origines caucasiennes et africaines/amérindiennes du côté maternel. C’est peut-être donc une affirmation que c’était plus « facile », « évident » que les femmes noires soient en couple avec des hommes blancs.

Il arrive à de nombreux brésiliens à se soumettre à des tests ADN afin de connaître davantage sur leurs origines profondes.  « Toutes les personnes ayant subi ces analyses possèdent un héritage génétique paternel de type européen, résultat de la colonisation portugaise. Le métissage provient majoritairement de l’héritage génétique maternel. Sur l’ensemble des cas, 33 % sont des descendants d’Indiens et 28 % ont des ancêtres noirs du côté de leur mère » www.courrierinternational.com (En ligne). Eduardo Junqueira, 2004 (consultée le 15 Mai 2018).

Photo par Agustín Diaz

Photo par Agustín Diaz

Aujourd’hui, ce qui rend le Brésil assez complexe c’est cette idéologie du « métissage qui fait la force du pays » alors qu’en réalité. Les discriminations inter-ethniques sont toujours d’actualités.
D’autres populations ont ainsi immigrés dans le pays (japonaises, libanaises, italiennes, russes, allemandes…) mais des termes existent tout même pour les qualifier. Ce qui creuse davantage les distinctions et exclusions.

Il est d’un côté bien vu de voir un couple mixte comme il est d’un côté mal vu.

Des familles blanches n’accepterait pas forcément de voir un de leurs enfants avec un conjoint ou une conjointe noir(e), asiatique, arabe.
Des familles blanches ont même été déshériter leurs enfants qui « osaient » vouloir se marier avec des personnes noires ou indigènes.  

La population noire est celle qui souffre toujours le plus :

  • C’est la population beaucoup plus exposée à un manque d’accès aux soins sanitaires et à l’éducation.
  • Elle est beaucoup plus exposée (surtout les jeunes) à la violence, la délinquance et à la criminalité.
  • Elle se voit confronté aux inégalités d’accès au logement.
  • Elle gagne 2 fois moins en matière de salaire par rapport à la population blanche.
  • Elle manque de visibilité dans les médias.

La population amérindienne elle, n’a pas une meilleure situation :

  • Elle vit dans des territoires isolés ou leurs droits ont tardés à venir.
  • Le taux de natalité et de suicide est très fort dans cette communauté.
  • De plus, elle n’a pas accès aux soins médicaux nécessaires.

Les autres populations immigrantes sont elles aussi exposées à une discrimination mais elles permettent surtout une réelle croissance économique au pays.

Les descendants d’européens (portugais, italiens, espagnols), sont toujours considérés comme l’élite blanche. Ils sont beaucoup mieux représentés dans la société et ont (nous n’allons pas mâcher nos mots) beaucoup plus de chance de réussir socialement : accéder à une éducation, accéder aux soins sanitaires, obtenir un travail qui disons permet de vivre confortablement.

Pour finir, ce métissage est-il bien fondé et est-il aussi légitime ? Cette démocratie raciale cache en réalité de grands problèmes sociaux. Les différentes communautés du pays ne s’entendent pas forcément. Les personnes font constamment des distinctions et selon sa couleur de peau, son rang, il est difficile de se faire une place, au Brésil.

Andie Oxybel

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