écrit par Sarah Diop

Parce que l’égalité entre tous les humains fait partie de mon combat quotidien, parce que je suis moi-même une femme de couleur, parce que je suis une artiste, ou du moins essayant d’en être une et surtout, parce que je suis humaine.

Million Woman March, Octobre 1997, Philadelphia

 

Qu’est-ce que c’est que d’être une femme noire au sein d’Hollywood ?

La réponse semble plutôt évidente. Nous avons tous remarqué la faible représentation des femmes noires dans l’industrie hollywoodienne. Nous savons tous que cela a été un problème au cours des dernières décennies. Cependant, mon point est ailleurs. Je voulais répondre à la question : Comment les femmes noires sont-elles représentées dans l’industrie du cinéma ? Quelles sont les caractéristiques communes que nous pouvons leur trouver dans les rôles qu’elles incarnent ?

Depuis sa création, le cinéma américain, anglais et international produit en permanence des films mettant en vedette des protagonistes blancs pour la plupart. Les personnes de couleur ont rencontré de grandes difficultés et n’ont été reconnues que très tard par les boîtes de production. Si nous jetons un coup d’œil à l’industrie hollywoodienne, la première actrice Afro-Américaine à figurer dans un film international fut Joséphine Baker dans La Sirène des Tropiques … Un film réalisé en 1927, 32 ans après le premier film des frères Lumières ! De plus, nous avons dû attendre jusqu’en 1940 pour qu’une Afro-Américaine gagne un Academy Award.
Son nom vous dit peut-être quelque chose, c’était la fabuleuse Hattie McDaniel et elle a remporté le prix de la meilleure actrice dans le film Gone with the Wind.

Cinéma, cinéma, ce septième art merveilleux dont nous chérissons le mot, qui nous fait tant rêver…

En 1988, Eddie Murphy, en présentant le prix du meilleur film a déclaré : « Je ne gagnerais probablement jamais un Oscar pour avoir dit ça, mais je dois le dire … Je suis venu ici pour donner un prix, mais je pense que nous devons être reconnus en tant que peuple. Je veux juste que vous sachiez que les Noirs ne seront plus à bord du fourgon de la société et ne tourneront plus le dos. » Plus d’un quart de siècle plus tard, nous avons encore beaucoup de difficultés à répondre à ces demandes. Le problème n’est pas seulement un manque de reconnaissance pendant la saison des récompenses, le problème est le manque de désir du cinéma international d’avoir un acteur de couleur dans ses films.

Que voulons-nous ? Du changement. Mais qui doit faire le changement ? Comme l’a très bien dit Viola Davis « la seule chose qui sépare les acteurs de couleur, des acteurs blancs est l’opportunité « . Ce qu’il faut faire, c’est que les directeurs de casting diversifient leur réflexion. Les scénaristes devraient faire plus d’efforts pour écrire des parties intéressantes pour les acteurs de couleur qui défient les stéréotypes. L’art doit représenter la réalité, transmettre la tolérance et rassembler les gens pour la pure joie de l’art. L’art, selon moi, rime avec unité et émotions. Comment peut-on profiter de la fiction lorsque le film est censé être “authentique” ?

Vous vous demandez probablement quels sont les stéréotypes adressés aux femmes de couleur au cinéma. Après tout, c’est vrai, dans quel type de rôles pouvons-nous généralement voir les femmes noires au cinéma ? Jetons-y un œil…

Tout d’abord, nous pouvons observer le stéréotype de la « femme noire magique », l’un des clichés les plus populaires pour les personnages noirs. La femme noire magique est souvent représentée comme un personnage sage, ayant un lien avec les forces magiques ou ayant une perspicacité spirituelle, comme si l’Afrique était un continent rempli de sorcières … Un exemple ? Whoopi Goldberg dans Ghost.
Deuxièmement, vous avez le type de personnage « Mammy », une femme noire généralement ronde et d’une gentillesse incarnée, servant joyeusement une famille blanche. Pensez à Hattie McDaniel dans Gone with the Wind ou à Octavia Spencer dans The Help. Ensuite, bien sûr, vous avez l’éternelle « acolyte ». Soit une femme de talent ou d’utilité limitée, mais dont l’esprit vif s’avère perspicace. Elle possède normalement des talents physiques mais est surtout présente pour aider le protagoniste blanc à atteindre son but, comme par exemple Ernie Hudson dans Ghostbusters. Finalement, nous avons tous eu l’occasion de voir une femme noire jouer le personnage de la « confidente », une femme qui existe pour écouter le protagoniste blanc à propos de sa carrière et / ou de sa vie amoureuse. Par exemple, Jennifer Hudson dans Sex and the City, Stacey Dash dans Clueless, ou Viola Davis dans Eat Pray Love.
Pourquoi ces stéréotypes existent-ils ? Eh bien, pour expliquer cela, nous devons revenir à l’époque de l’esclavage. En effet, les connaissances que nous avons sur les femmes noires pendant l’esclavage montrent deux descriptions principales : soit elles étaient considérées comme un objet sexuel pour le plaisir du maître, soit elles étaient considérées comme une « mammy » qui consacre tout son temps à la famille de son maître. Cet emprisonnement méprisable des esclaves africains dans tous les domaines, en particulier physiquement et mentalement, affecte encore les valeurs, les identités et les idéologies noires à ce jour. Ces difficultés et ces problèmes étaient et sont encore gravés dans la vie des femmes noires. La représentation des femmes noires à travers l’histoire a affecté la façon dont les gens identifient et idéalisent les femmes noires en général. Il y a eu des changements évidents au fil du temps, mais il me semble qu’une grande part de ces stéréotypes sont toujours présents.

 

Hattie Mc Daniel dans Gone with the Wind

Hattie Mc Daniel dans Gone with the Wind

 

 

 

 

 

 

 

 

LES FEMMES NOIRES AU CINEMA DANS LA SOCIÉTÉ D’AUJOURD’HUI

 

Lentement mais sûrement

Qu’en est-il des changements ? Il y a-t-il une lueur au bout du tunnel ?

Depuis quelques années, la « forte femme noire » commence à émerger ; Aujourd’hui, nous pouvons voir qu’elle a le sentiment d’être en contrôle, elle a plus de responsabilités. Aujourd’hui, les femmes noires ne s’assoient pas passivement, laissant la société parler pour elles.

Aujourd’hui, nous pouvons être témoins de nouveaux visages au cinéma. Des séries télévisées comme Empire, Atlanta ou Insecure, où nous pouvons voir pour notre plus grand plaisir, des vedettes noires avec un statut important, avec une vraie force, avec un pouvoir indéniable. Une émergence de castings pour les femmes noires guérissent lentement mais sûrement le problème et comblent les petits trous du désespoir. Les nouvelles héroïnes apprécient la notion de liberté de contrôle. Elles font ce qu’ils veulent, réagissent sans censure et ont une liberté sexuelle. Au fil du temps, nous pouvons voir que les femmes noires s’identifient de plus en plus comme étant fortes et indépendantes. Cette représentation distinctive des femmes noires montre comment le changement dans les représentations peut affecter les valeurs, les identités et les idéologies de ces femmes.

Taraji P. Henson in the TV-show Empire

 

 

 

 

BLACK PANTHER

L’espoir d’un futur plaisant

Un superbe article sur le film avait été écrit par les mains de Yasmine il y a quelques mois de cela :  http://ayikaa.com/black-panther-ou-lavenement-historique

Évidemment, tout le monde l’a vu, ou du moins en a entendu parler. Black Panther est un film de super-héros réalisé par Ryan Coogler, basé sur le Marvel du même nom. Ce film n’est pas seulement une fiction bien faite, c’est avant tout et par-dessus tout un espoir pour les générations futures, un cri du cœur maîtrisé, un point d’honneur à l’histoire et un passage lumineux vers un demain plaisant.
Pourquoi Black Panther ? Parce que la fiction côtoie divinement bien la réalité, parce que les références africaines sont là et qu’à travers leur présence, elles légitiment le reste.
Une chose est certaine : tout le monde prend conscience d’une évolution. Que ce soit à travers des films comme Black Panther, des séries comme Insecure, ou des manifestes comme Noire n’est pas mon métier (écrit par 16 actrices françaises de couleurs) tous les ingrédients sont là pour faire bouger les choses et marquer notre présent, allégée notre futur sans oublier le passé.

 

 

LE COMBAT CONTINUE

Avec le sourire…

Comment surmonter la déformation de l’image des femmes de couleur dans le monde des médias ? Au début de l’année, j’ai rejoint le mouvement Ayika’a. Ayika’a est une association que j’aide au travers de différentes tâches. Ayika’a c’est l’envie, l’ambition et le possible pouvoir d’apporter des solutions à ce problème. Ayika’a, n’est pas seulement destiné à encourager la représentation des femmes de couleurs dans la sphère médiatique. Il vise également à changer les attitudes à travers une approche sociétale et consciente. Ayika’a, c’est aussi un espace pour discuter, débattre et réfléchir ensemble sur la société dans laquelle nous vivons et pour trouver ensemble comment nous pouvons aider à améliorer la société. Car même si la société a fait de puissants changements au cours des dernières décennies, la lutte reste nécessaire.