Une âme d’artiste forgée par la vie !

Bonjour Gael Barboza, nous sommes ravies de vous avoir parmi nous aujourd’hui.

1) Si nous vous demandons de vous présenter en quelques mots ?

– Je m’appelle donc Gael Barboza, artiste polyvalent, écrivain. Je réside à Marseille, et je suis d’origine brésilienne. J’ai été pendant une dizaine d’années rappeur, puis j’ai ensuite fondé et dirigé mon propre label artistique Nova Angola Productions de 2012 à 2015. Nous avons produit plusieurs artistes et aussi réalisé les premières web-séries afro en France, toujours en ligne sur la chaîne YouTube du label. Après cette expérience je suis revenu à l’écriture et j’ai décidé de publier mon premier ouvrage, un recueil de poésie intitulé jazz.

2) Vous avez choisi d’écrire. Pourquoi ce médium ? Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce recueil ?

En réalité l’écriture a toujours été au centre de mes activités artistiques. Quand je rappais j’écrivais mes textes. Quand je produisais des web séries, j’écrivais des scénarios. Aujourd’hui je continue d’écrire à travers la poésie. C’est une continuité, une suite logique dans mon parcours artistique. Je pense que l’écrit fait davantage appel à l’imagination que l’image. Sur les mots, chacun met les images qu’il veut. Et c’est ce qui je pense fait la force de mon écriture : je prends clairement parti dans mes poèmes, je donne clairement mon avis, mais en même temps je ne m’accapare aucune douleur. Chacun y mettra ce qui résonne en lui. Là est pour moi la force de l’écrit : pouvoir réunir les êtres en faisant appel à leur propre expérience, à leur propre vécu. Quand j’écris par exemple « je ne suis pas black. Je suis noir. », j’écris cela en rapport avec mon vécu d’homme noir adopté ayant grandi dans une famille blanche. Mais en réalité n’importe quelle personne noire française s’identifiera dans cette phrase car elle fait référence à notre expérience commune en tant que communauté. Et je pense qu’ici est née cette envie d’écrire cet ouvrage. Afin de pouvoir montrer aux nôtres que quel que soit notre milieu social, notre enfance, si nous sommes noirs, nous partageons des expériences communes dû au simple fait de notre taux de mélanine. Partager ces expériences dans ce livre a été comme une thérapie pour moi. Je me suis libéré de certaines craintes, certaines peurs. Certains non-dits. Et les nombreux retours que j’ai, tendent à démontrer que ce livre permet à de nombreuses personnes noires de se connaitre et s’accepter davantage et également à des lecteurs blancs de mieux cerner le poids de leur héritage lié à l’esclavage.

3) Pourquoi avez-vous fait le choix de vous auto éditer ?

Cela me permet de rester indépendant. Tout simplement. Je ne suis pas redevable d’un contrat me liant à une maison d’édition. Je ne dépends d’aucun employeur. Je suis mon propre employeur. Et en tant que noirs, je pense également que notre émancipation passera inévitablement par l’entreprenariat et le fait de produire des choses par nous-mêmes et pour nous-mêmes au lieu d’aller consommer chez les autres ce qu’ils ont bien souvent trouvé chez nous.

4) Avez-vous d’autres passions ?

L’art est ma passion. Je l’exprime de différentes manières : écriture, peinture, photographie, réalisation… Mais aujourd’hui je me focalise donc sur l’écriture.

5) Une journée ordinaire dans la vie de Gaël Barboza ça donne quoi ?

Je ne pense pas avoir de journée type. J’aime vivre des choses différentes et je m’enrichis de la découverte de l’autre. Les gens m’intéressent. Voilà pourquoi j’exerce ma passion de différentes manières. Shooting photo, clips, vidéos, échanges, ce sont des choses qui me permettent en réalité de rencontrer de nouvelles personnes. Certaines que je ne revois jamais, d’autres qui deviennent des amis. Mais ce que je regarde c’est l’interaction que nous avons eue. Je m’en sers d’expérience humaine. Autrement, j’aime beaucoup me balader et scruter, observer, les gens ou les lieux. Découvrir. Et à Marseille nous avons tellement d’endroits magnifiques, cela ne peut que favoriser ma créativité.

6) En tant qu’homme métisse de cultures mixtes, quelles réflexions faites-vous sur la condition des hommes noirs dans la société française ?

Cette question pourrait faire l’objet d’une interview à elle seule tellement elle soulève d’autres questions. Je pense que l’homme noir et la femme noire en France ne s’octroient pas la place qu’ils devraient. Aux États Unis, les noirs n’ont pas grandi en bénéficiant des allocations et cela a développé chez eux une culture de l’auto-entreprenariat, à tel point que désormais même des jeunes africains du continent s’habille en mode hip-hop comme les rappeurs afro-américains. En France, nous avons grandi dans un système d’assistanat. Nous n’avons pas cette ferveur d’entreprendre des choses pour nous-mêmes. Mais je pense que le respect ne se quémande pas. Le temps des marches, des manifestations est révolu. Aujourd’hui nous devons faire des choses respectables pour nous-mêmes au lieu de demander à autrui le respect. Il n’y a pas assez de noirs à la télé ? Faisons nos propres chaînes de télé ! Il n’y a pas assez de noirs au cinéma ? Faisons nos propres films ! Ce n’est pas compliqué et nos frères et sœurs américains l’ont bien compris.

7) Vous êtes d’origine brésilienne, d’une mère blanche et d’un père noir, pouvez-vous nous parler un peu du Brésil ? Quel est la condition des femmes noires et métissées au Brésil ?

N’ayant pas grandi au Brésil, mais ayant pu déjà m’y rendre, je garde donc un certain recul sur la société brésilienne. On nous vend une carte postale d’une pays métissé et uni ou il n’y aurait pas de racisme alors qu’en réalité la jeunesse afro-brésilienne vit actuellement les mêmes problématiques que la communauté afro-américaine, rien que par rapport aux tueries policières. Il y’a un réel racisme structurel au Brésil. Le Brésil n’est pas devenu un pays métissé car les gens se sont mélangés par amour. Ce mélange s’est effectué dans la douleur. Les noirs se sont mélangés a la population blanche par souhait d’affranchir leur progéniture de leur statut de noir. Voilà pourquoi d’ailleurs il y a des centaines de termes différents au Brésil pour désigner les gens selon leur couleur de peau. Le standard était blanc et il y a eu autant de métissage uniquement pour ressembler à ce standard. Dans les médias brésiliens se sont toujours les femmes blanches qui sont mises en avant. Je pense à la modèle Gisele Bündchen notamment. Cela est très révélateur du malaise racial au Brésil tout simplement. Désolé pour ceux qui croyaient encore en la carte postale mais il est important de dévoiler certaines choses.

Jazz, un recueil de poèmes sensationnels :

Ayika’a est une association qui se donne comme mission de valoriser les femmes noires et métissées pour qu’elles soient plus justement représentées dans les médias…

8) Vous sentez-vous représenté par l’action d’Ayika’a ?

Complètement. Ayika’a entame une démarche totalement indépendante portée par des femmes noires afin de montrer en premier lieu à nous-mêmes, à nos petites sœurs, que la beauté de la femme noire ne se résume pas à une seule grille de lecture. Nous sommes une diversité, une diversité de teints, de couleurs, de textures capillaires, d’origines, de vécu, une diversité de peines, de joies, une diversité d’histoires. Et ce que fait Ayika’a c’est se ré-approprier cette diversité qui nous revient de droit et de la sublimer, de la revendiquer et bientôt j’espère de la vendre ! Car il est intolérable pour moi que des stylistes occidentaux puissent s’approprier la commercialisation de tissus africains par exemple. Nous sommes prioritaires sur cette exploitation. Et ceci est valable sur des tas d’autres choses que le monde de la mode emprunte à la culture noire. Dans les années 90 c’était par exemple le hip hop qui influençait les plus grands défilés de mode. L’histoire se répète encore et encore. Heureusement des gens comme vous sont là pour rectifier les choses comme il se doit.

9) “Mélanine, ce que tu ne vois plus, séparation, flashback, simplement, des mots qui se défilent dans votre poésie.” Pourquoi choisissez-vous “Jazz” comme titre de votre recueil ?

Dans la culture populaire on a tendance à ne pas comprendre le jazz et à le qualifier de musique d’intellectuels. Et à la première écoute ce style musical peut en dérouter plus d’un, tant les radios et la musique commerciale nous ont habitué à un style musical : boucle rythmique instrumentale + chant. Le jazz est différent. Dans sa structure il semble justement déstructuré. Aucune note ne ressemble à une autre. Et pourtant tout est réglé au millimètre. Chaque note est un mot qui forme à la fin du morceau un poème. Et dans mon recueil, les poèmes peuvent sembler mélangés, l’on passe d’un sujet à un autre. Cela peut sembler de prime abord désordonné. Puis l’on comprend que c’est une expérience. Un voyage qui prend tout son sens à la fin de la lecture. C’est en réalité à l’image de la vie. La vie n’est pas figée. Elle est faite d’imprévus, de hauts et de bas. De tant d’imprévisibilités.

10) Gaël sportif, captif, attentif ou narratif ? Quel est le mot qui vous définit le plus ?

– Attentif. C’est le sens de l’observation qui permet d’écrire des choses pertinentes qui peuvent parler au plus grand nombre.

11) Quels sont vos futurs projets ?

– Je n’ai pas d’échéancier à respecter, je me laisse le choix des projets et des collaborations à venir. Pour le moment, la priorité et de continuer à écrire davantage et diffuser largement mon premier ouvrage. La promotion d’un livre en tant qu’auteur indépendant prend du temps et le succès arrive souvent après plusieurs années. Donc je ne suis pas pressé, j’avance tranquillement et sereinement et je vous remercie de l’attention portée à mon travail.

 

Merci de nous consacrer ce beau moment. Nous conseillons vivement Jazz à tous les amoureux de la chanson en poésie !


 

Avant Gael nous vous présentions l’interview exclusif de Flora Coquerel, Miss France 2014.
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