Lorsque le système éducatif transmet la haine de soi

La semaine dernière je vous parlais ici, de la considération du cheveu dans cette société, voici la suite.

Pour vous montrer la place importante qu’est celle du cheveu dans certaines sociétés et surtout en Afrique, je vais vous parler d’une règle instaurée dans le système scolaire ivoirien. A partir de la 6ème, la plupart des écoles ivoiriennes obligent les filles à se raser la tête et ce jusqu’en 2nde. La raison ? Avoir des cheveux empêcherait à ces jeunes filles de se concentrer sur leur travail, puisqu’elles passeraient alors plus de temps à s’occuper de leurs cheveux que d’étudier. Je trouve cette idée aussi ridicule que nocive pour ces jeunes filles en passe de devenir des adolescentes, une période assez capitale au cours de laquelle un rapport sain et bienveillant envers leur corps est important pour leur estime de soi et le développement de leur personnalité.

Puis, qu’est-ce qu’on veut nous faire comprendre derrière cette règle ?

Certainement, l’idĂ©e sexiste qui cherche Ă  tout prix Ă  masquer tout attribut fĂ©minin trop voyant (car les cheveux sont culturellement très liĂ©s Ă  la fĂ©minitĂ©, Ă  la sensualitĂ©). Toute accentuation de la fĂ©minitĂ© doit donc ĂŞtre dĂ©couragĂ©e, ainsi vaut mieux retirer Ă  des jeunes filles la chance de choisir ce qu’elles font de leurs cheveux. Tout Ă©cart qui rĂ©sulterait d’un choix propre et assumĂ©, ou pire d’un amour de soi, doit ĂŞtre rĂ©primĂ© chez la jeune fille noire. Ces règles encore en usage de nos jours dans certaines Ă©coles en Afrique, privent des jeunes filles du droit de disposer de leur apparence, tandis qu’au mĂŞme moment, les garçons ne subissent aucune restriction. J’imagine que pour certains, ĂŞtre une femme s’arrĂŞte donc Ă  faire la belle, en d’autres termes  « sois belle et tais toi », voilĂ  ce que je retiens de cette règle. Comme si fĂ©minitĂ© et Ă©tudes ne faisaient pas bon mĂ©nage. Des femmes fĂ©minines, intelligentes et qui osent entreprendre il y en a Ă©normĂ©ment.

Je crois que le PIRE dans cette règle, c’est que les jeunes filles métisses et blanches, elles, ont dans certains établissements le droit de garder leurs cheveux avec juste dans certains cas l’obligation d’en réduire la longueur. Je m’en souviens car petite, j’ai effectué un passage éclair dans le système éducatif ivoirien. En tant que métisse, j’ai bénéficié de cette « chance », Moi qui avais les cheveux jusqu’aux fesses, j’ai eu juste à les couper jusqu’au milieu du dos.

Ce « privilège » me vient de l’importance que le système accorde au “sang blanc”. En revanche, mes camarades noires avec des cheveux crépus ou défrisés, étaient contraintes de se raser. Voilà les conséquences du racisme internalisé en Afrique, avec les conséquences désastreuses que l’on connaît pour l’image que les jeunes femmes ont d’elles-mêmes. En Afrique, on dit souvent des métisses qu’elles sont hautaines. Les mettre constamment sur un piédestal, du fait de leur ascendance blanche, ne doit pas aider et c’est donc totalement logique que certaines se sentent supérieur.  Voilà comment un système parvient à convaincre certaines jeunes filles qu’elles ont moins de valeur que d’autres, du fait de leurs origines et des attributs physiques qui y sont associés. Après une semaine dans ce lycée, ma mère a pris la décision de me retirer de ce système de peur que je ne prenne la grosse tête et développe un complexe de supériorité, injustifié. Aujourd’hui je l’en remercie, car cette habitude de privilégier les jeunes filles métisses et blanches, appliquée dans certains établissements ivoiriens revient à élever des générations de jeunes femmes noires avec l’idée qu’elles sont inférieures à leurs camarades. C’est les conditionner à rejeter leur sang noir pour se conformer au modèle valorisé autour d’elles : l’idéal caucasien.

Ce n’est pas nos cheveux le problème, mais plutôt ceux qui ont décidé d’en ignorer les spécificités

Revenons de l’autre côté du globe, en Europe, essentiellement en France. Malgré le grand retour du cheveu naturel dans la communauté afro et métissée, le porter peut poser problème dans certains milieux comme la mode. Comme j’ai pu l’expliquer dans mon article précédent « au cœur des coulisses », certains coiffeurs sont tellement désœuvrés face à la texture des cheveux afro et métissés, qu’au lieu d’actualiser leur pratique, ils incitent les jeunes femmes à se défriser. Certains nous affirment même avec une fausse excuse que nous trouverons plus facilement du travail ainsi. Dans le monde professionnel, le cheveu afro est souvent considéré « non professionnel ». De plus, le cliché qui veut qu’il soit difficile voire impossible à coiffer, persiste. C’est dommage car beaucoup n’ont pas conscience de la versatilité du cheveu crépu et métissé, pour peu qu’on s’y intéresse et qu’on apprenne à le coiffer. Les possibilités s’avèrent en effet très nombreuses, ce qui ne manque pas de surprendre nos amis caucasiens, qui ne comprennent pas nos changements de coiffure du jour au lendemain.

Nous vivons dans un pays, oĂą le climat peut parfois ĂŞtre rude pour nos cheveux, ainsi parfois, pour Ă©viter la casse, certaines femmes n’ont pas d’autres choix que de faire des coiffures protectrices (tresses, twist, vanille, curly, …), mais attention Ă  ses pratiques, ne pas les garder plus d’un mois maximum les filles, sinon ça peut devenir une coiffure « Destructrice ». Certaines femmes le font aussi simplement parce qu’elles aiment changer de tĂŞte et cela n’a rien Ă  voir avec le climat. D’autres, comme moi, prĂ©fèrent porter leur cheveux naturel 95% de l’annĂ©e. Quoi qu’on en dise, nos textures de cheveux nous offrent une large palette de coiffures possibles, profitons-en les filles !

Certaines femmes se voient régulièrement refuser l’accès dans des salons de coiffure du fait de leurs cheveux crépus ou métissé. Les coiffeurs professionnels ne sachant pas nous coiffer, nous devons apprendre à entretenir nos cheveux nous-même. Je trouve aussi dommage qu’en 2017, avec un taux de mixité élevé, les seuls arrondissements de Paris proposant plusieurs gammes de produits adaptés à nos cheveux soient les arrondissements avec une population africaine forte tels que Châteaux d’eau ou encore châteaux rouges, et qu’il soit encore difficile d’avoir un large choix de gammes dans les grandes surfaces ou les chaînes telles que Sephora, dont nous constituons également la clientèle, au même titre que les caucasiens. Il y a de plus en plus d’évolution, de grandes marques lancent leur gamme adaptée aux cheveux Afro, mais cela reste encore minoritaire comparé au choix que l’on peut retrouver pour les beautés caucasiennes.

Pour conclure je vous donnerai quelques points pour avoir une belle chevelure.  Je ne suis pas une experte, loin de là, car je suis moi-même en recherche constante d’une routine pour remédier à la sécheresse extrême de mes cheveux, mais voici quelques astuces qui ont marché pour moi et qui peuvent marcher sur plusieurs d’entre nous :

  1. Espacer les tresses et tissages pour éviter de casser les cheveux. Ne pas les garder plus d’un mois. Des tresses à répétition ou trop serrées auront également tendance à fragiliser le cuir chevelu.
  2. Couper les pointes chaque 3 mois. J’insiste sur ce point. En effet, beaucoup de femmes n’ont pas compris que pour avoir de longs cheveux, il est nécessaire d’en couper les pointes, pour éviter la sensibilisation des cheveux.
  3. Pour celles qui se défrisent, se limiter à un défrisage tous les 4 mois.
  4. Trouvez VOTRE PROPRE routine, avec des produits 100% naturels ou pas : J’insiste car sur internet on trouve mille et une routines face auxquelles on est souvent perdues. Trouver la routine qui convient Ă  ses cheveux peut prendre du temps. Ce qui fonctionne sur votre amie, ne va pas forcĂ©ment marcher sur vous.  N’hĂ©sitez pas Ă  changer votre routine au bout de 3 mois, mais restez dans le style de produits qui vous apportent des rĂ©sultats. Par exemple, mes cheveux n’aimant pas les produits lourds, je fais en sorte de privilĂ©gier les soins lĂ©gers, mĂŞme s’ils ne sont pas de la mĂŞme marque.
  5. Observez vos cheveux et voyez comment ils réagissent, en fonction des produits. Pour ma part, je le vois directement, ils ont souvent une apparence terne et sèche au toucher ou même visuellement, ou à l’opposé trop lourde ! Tout dépend des produits que j’utilise.  Quand mes boucles sont bien définies, brillantes et soyeuses au regard et au toucher, je sais que la crème, le shampoing ou le soin est adaptée à mes cheveux.
  6. Faites un test de porosité (avec un verre d’eau rempli). Le principe :  vous mettez quelques cheveux au-dessus d’un verre d’eau et observez leur comportement. S’ils restent à la surface, cela veut dire vous avez une porosité quasiment nulle, en d’autres termes, vos cheveux ne retiennent aucune hydratation. S’il flotte au milieu, c’est qu’il a une porosité moyenne et tout au fond une forte porosité. Ce test simple à faire, peut vous aider dans la recherche de votre routine.
  7. Dormez avec un bonnet en satin pour maintenir l’hydratation
  8. Relativisez. Il ne s’agit que de cheveux. Ils font partis de nous c’est vrai, ils peuvent même représenter notre personnalité en fonction de la manière dont on les coiffe, mais ils ne nous définissent pas.

La bise !

CINDY BABIN

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