Aussi loin que je plonge dans mes souvenirs, je me rappelle ne jamais avoir eu de problème pour accepter ma chevelure, ce qui n’était pas forcément le cas de toutes mes amies. Peut-être parce que je suis métisse et que j’ai grandi en Côte d’Ivoire plus de la moitié de ma vie. En effet, là-bas, comme dans la plupart des pays africains, être métisse est considéré comme un « privilège ». D’autant plus que mes cheveux ne sont pas « afro » mais bouclés et s’étendaient à l’époque jusqu’au bas du dos, ce qui m’a toujours valu des compliments. Pourquoi je vous raconte cela ? Tout simplement car je trouve que la manière dont est considéré le cheveu dans cette société et le rôle que cela joue sur l’acceptation de soi, dépasse les simples considérations esthétiques.

« Tu as beaucoup de cheveux parce tu es métisse », « Tes cheveux sont beaux parce que tu es métisse » « C’est facile pour toi de dire que tout le monde peut avoir de beaux cheveux avec un minimum d’entretien, car tu es privilégiée et ne sais pas ce que c’est que d’avoir des cheveux qui ne poussent pas », « Nous sommes obligées de mettre des tissages car sinon nous serions chauves » ou encore « Quel est ton secret ? ». Voici le type de phrases auxquelles je suis confrontée depuis que je suis petite. Ces arguments n’ont aucun sens pour moi, car ils sous-entendent que j’ai de beaux cheveux parce que suis « à moitié blanche ». Je refuse d’accepter ce raisonnement réducteur qui, une fois de plus, place « l’homme blanc » au-dessus de « l’homme noir ». Penser cela, c’est faire le jeu de ceux qui pensent les personnes noires inférieures. Ce n’est rien de moins que du racisme internalisé.

En réalité, nous avons tous des cheveux qui poussent de façon naturelle chaque mois. Effectivement, certaines personnes ont plus de cheveux que d’autres et cela dépend essentiellement du hasard de la génétique : ainsi certains auront les cheveux fins, d’autres épais, volumineux, long etc. En bref, il existe autant de textures de cheveux que d’individus. Mais est-ce réellement lié à nos origines ? En effet, je connais des femmes 100% noires, africaines, ayant des cheveux longs, volumineux et en très bonne santé.

Leur secret : Il suffit d’adopter une routine de soin adaptée à son type de cheveux pour avoir une belle chevelure. Par belle chevelure, je ne parle pas forcément de longueur.  Pour de nombreuses personnes (essentiellement en Afrique) avoir de beaux cheveux signifie avant tout avoir les cheveux longs, même si ceux-là sont en mauvaise santé. Personnellement, je préfère avoir les cheveux courts et en bonne état.
De plus, il faut savoir que tout type de cheveux peut être valorisé avec des coiffures adaptées à la texture du cheveu et à la forme du visage.
En ce qui concerne leur entretien, il existe des soins spécifiques recommandés en fonction de son type de cheveux.

Parmi les femmes qui se plaignent de ne pas avoir les cheveux qui poussent, nombreuses sont celles à enchaîner tissages, tresses, défrisages sans JAMAIS laisser leurs cheveux se reposer. Sans évoquer celles dont les mères ont commencé à leur imposer ce traitement dès l’enfance, en adoptant des tresses trop serrer avec des rajouts, des défrisages et ceux dès le plus bas âge, environ 3 ans, ce qui fragilise le cheveu durablement. Comment voulez-vous que les cheveux, ainsi maltraités, poussent en bonne santé ?

C’est certains qu’avec ce type d’approche, IMPOSSIBLE d’avoir des cheveux en bon état. Il n’y a pas de secret. De beaux cheveux s’obtiennent grâce à de la rigueur. D’ailleurs, je suis moi-même assez difficile en matière de coiffure, car je ne fais que rarement confiance aux coiffeurs, de peur qu’ils abîment mes cheveux. Cette exigence dans leur soin, mes cheveux me le rendent bien. N’avez-vous jamais entendu dire, que les personnes qui ont le plus de cheveux sont celles qui sont les plus méfiantes et les plus exigeante pour « donner leur tête » à n’importe qui ? 

Nappy or not Nappy ? Afro is the question

Certaines femmes noires font le choix de se défriser les cheveux. Soit car elles les trouvent plus esthétiques que les cheveux afro, soit parce qu’elles ont envie de changer de tête.  Autant il convient de respecter ce choix car chacun est libre de faire ce qu’il veut de son apparence physique, autant il est dommage que certaines aient recours à cette technique car elles n’assument pas leur texture naturelle.

Le défrisage kesako ?!  Il s’agit d’une technique chimique qui permet de modifier la forme des cheveux bouclés, frisés ou crépus afin de les rendre plus ou moins raides.  Parfois très agressif pour les cheveux naturels, ce procédé peut également dans certains cas avoir des conséquences graves sur la santé.

Pourtant, cette pratique est encore bien présente, notamment en Afrique malgré le phénomène Nappy (terme que je n’aime pas, mais nous y reviendrons). En effet, la plupart des femmes africaines n’assument pas encore leur cheveu naturel, bien que comme je le disais précédemment, certaines décident de se défriser les cheveux simplement pour changer de tête, et portent d’autres jours leur cheveux afro sans complexe.

Depuis quelques années, nous observons en Europe l’émergence de la tendance « Nappy », qui signifie « Natural and happy ». Ce mouvement de retour aux cheveux naturels, est né au sein de la communauté Afro américaine. Il s’agissait pour les femmes et les hommes afro descendants de revendiquer leur origine Africaine. Le mouvement a fini par s’étendre en Europe , aux caraïbes et en Afrique. Simple effet de mode ou véritable révolution ? Pour beaucoup de femmes qui se revendiquent « Nappy », il ne s’agit pas uniquement d’un choix esthétique, mais d’une prise de conscience réelle et une manière de s’aimer et de s’assumer en tant que femme africaine, dans une société occidentalisée où beauté rime souvent avec « blancheur et les cheveux lisses ».

Cependant, j’ai toujours eu du mal avec le terme «Nappy ». Tout d’abord, car ce terme manque de clarté.  Par exemple, pour moi avoir les cheveux naturels est normal et ne justifie pas d’être nommé, puisque ça a toujours été mon cas.  Je trouve positif et sain de s’assumer tel que l’on est, mais je trouve que cette place donner aux cheveux, est exagérée. A ce propos, j’aimerais partager avec vous une petite anecdote. Il y a quelques années, j’ai posté sur Facebook un statut qui avait fait polémique. Le message était le suivant : « Etre Nappy, c’est devenu une mode ? ça ne va pas à tout le monde … ».

Je vous laisse imaginer le débat houleux qui s’en est suivi, entre les «pro nappy » et les « anti nappy ». Je conçois parfaitement que mes propos aient pu être mal perçu, mais ce que je souhaitais mettre en avant, sans doute maladroitement, c’était le fait que le « big chop » (signifie le fait de se couper les cheveux dénaturés, voire  de se les raser pour retrouver lors de la repousse son cheveu naturel) n’allait pas à tout le monde. En effet cela dépend de la morphologie du visage, ce que n’importe quel coiffeur visagiste pourra confirmer. 

Certaines femmes porteront le cheveu naturel en afro superbement, tandis que d’autres seront magnifiques les cheveux rasés ou cour. Mais après tout, chacune fait ce qu’elle veut de son apparence et encore heureux, le plus important étant d’avoir confiance en soi. Si j’ai pris cet exemple, c’est pour mettre en avant l’ambiguïté du terme Nappy qui peut être interprété de manière erronée par certains, et peut même être perçu comme une « secte ».  Utiliser les termes « Cheveux Afro », ou simplement « cheveux naturelles » sont plus clair et évite beaucoup de malentendus.

Lorsque l’acceptation de soi se meut en intolérance de l’autre

La seconde raison qui me fait ne pas aimer ce terme est l’émergence de certaines femmes qui se définissent « nappy » que je qualifierais d’extrêmes, au point que certains en Côte d’Ivoire les surnomment  les nappy nazzis. La Nappy Nazzi c’est celle qui ne tolère pas que d’autres femmes choisissent de se défriser ou de porter des extensions.

Cette attitude doit cesser ! Pour pouvoir être respectées à notre juste valeur dans les médias, surtout en occident, nous devons être solidaires et tolérantes entre nous. J’ai tendance à penser que nous sommes responsables de notre propre malheur. Je porte à 95% du temps mes cheveux naturels, et pourtant, si une de mes collègues décide de porter des extensions, ou de se défriser les cheveux, je ne vais pas la critiquer. En pensant lui faire changer d’avis, je finirais par l’écœurer.

Pourquoi ne pas plutôt essayer de lui faire apprécier ses cheveux naturels en lui montrant des exemples de coiffures qui pourraient lui aller ou comment les entretenir. Traiter ces femmes de « vendues » est absolument contreproductif.

De plus, pourquoi les femmes noires devraient être stigmatisées et réduite pour une pratique esthétique, qui pourtant est en usage dans toutes les cultures du monde. En effet, il y a des femmes blanches qui portent des extensions, qui se font des tresses, des colorations et même des traitements chimiques pour dénaturer leur texture. Personne ne se permettrait de dire qu’elles rejettent leurs origines ou qu’elles ne s’assument pas pour autant, même pas celles qui traitent les autres  de « vendues ».

Ce retour massif aux cheveux naturels, fonctionne bien au sein des communautés noires en France, et dans les Caraïbes. En Afrique, en revanche, le phénomène reste trop minoritaire. Les femmes qui décident de revenir aux cheveux naturels, appartiennent souvent à la classe moyenne et supérieure mais rarement voire jamais à la classe populaire.

Cheveu naturel ou cheveu défrisé : Une affaire de classe ?

Mes amies qui ont décidé de revenir aux cheveux naturels, sont issues de milieux favorisés, sensibilisé et éduqués. La plupart d’entre elles vivent et poursuivent leurs études aujourd’hui en Europe ou aux Usa, après avoir obtenu leur baccalauréat au pays. Du fait de leur fréquentation, de leur accès à l’information, d’une certaine ouverture d’esprit régnant dans les milieux qu’elles fréquentent, elles sont d’avantage informées sur l’entretien de leurs cheveux.

De plus, le marché des produits pour le soin des cheveux afro naturels s’est également développé ce qui n’était pas le cas il y a quelques années. Il faut aussi noter que dans les grandes capitales Européennes comme à Paris, de nombreux évènements sont organisés autour de cette cause pour valoriser l’acceptation de soi. Des bloggeuses et personnalités publics participent également à ce combat et proposent des articles ou vidéo sur l’entretien de ces derniers.

Hélas, cette prise de conscience de la valeur et de la beauté de nos attributs en tant que femmes noires et métisses, n’est pas encore totalement implantée en Afrique, surtout au sein de la classe populaire, où les femmes portant les cheveux naturels se font rares. Comme je le disais dans mon premier article qui retrace les motivations de Ayika’a, les médias jouent un rôle déterminant dans la construction que l’on se fait de nous-même et des autres. Représenter toujours les mêmes physiques et les ériger comme modèles à atteindre, peut avoir des conséquences désastreuses sur la construction identitaire et on le voit bien en Afrique, où seules des femmes métisses ou claires de peau sont représentées dans les publicité, et considérées comme « incarnation ultime de la beauté », dans des pays pourtant à dominance NOIRE.

Malheureusement, les conséquences de la colonisation, se font encore sentir. En Côte d’Ivoire, beaucoup de femmes issues du milieu de la classe populaire m’ont avoué se dépigmenter ou se défriser les cheveux parce que c’est ce qu’il fallait faire pour être considérée belles, ou parce qu’elles pensent que c’est ce que les hommes africains aimaient le plus : ressembler à des femmes au physique et au look très occidentalisés.  Les maîtres mots me semble être : éduquer et sensibilisation. C’est par l’éducation et la sensibilisation que nous parviendrons à déconstruire les préjugés sur les couleurs de peau que beaucoup d’entre nous ont malheureusement intégré. Rester naturelle ou se défriser, devrait rester un choix et non une obligation pour se conformer aux standards de beauté de la société.

Je parlais de la classe populaire mais c’est également le cas chez les personnes plus âgés dont les mentalités n’ont pas évolué en même temps que les mutations de la société (40/50 ans en moyenne). Ce sont ces personnes qui en grande majorité, dans le cadre professionnel, vous déconseillerons de porter les cheveux naturels afro car cela fait “sauvage”, “négligé”. A ce sujet, une de mes tantes se moquait sans cesse de ma cousine qui était revenue au naturel et ne faisait que lui dire que ce n’était ni professionnel, ni beau, et qu’elle ferait mieux de se défriser les cheveux si elle voulait travailler dans l’industrie qui l’intéressait, c’est-à-dire le luxe (car apparemment luxe et afro ne font pas bon ménage).

J’entendais souvent des commentaires du genre : « On dirait du coton », « les cheveux naturels, c’est bien pour les femmes métisse, mais pas toi », « ça ne fait pas propre ». A force d’entendre ce type de réflexions, ma cousine a décidé de se défriser de nouveau les cheveux.  Autre exemple aussi bas, j’ai une amie, qui porte ses cheveux naturels, elle me disait que dans la rue, à Abidjan, on se moquait d’elle et des étrangers se permettaient de toucher à ses cheveux, sans sa permission, afin de comprendre ce « mystère ». Pour commencer le geste est absolument déplacer, car c’est de l’ordre de l’intime. Ce que je comprends encore moins, c’est que sous leur tête défrisée, se cache souvent la même texture de cheveux crépue. Pourquoi se moquer de son semblable par ignorance ? Voici le genre de comportements qui font que, les médias occidentaux continueront à nous rabaisser, et qui sont les responsables ? Nous-même ! On aime accuser les occidentaux de tous nos maux, mais parfois il faut savoir balayer devant sa porte !

Aujourd’hui faire le choix de porter ses cheveux naturels, relève d’une force de caractère inouïe partout mais encore plus en Afrique où il s’agit carrément d’un challenge pour certaines femmes.

L’intériorisation de notre haine pour nos cheveux , commence dès notre plus jeune âge, avec la complicité des institutions.

Dans un prochain article, je vous parlerai de la manière dont le système éducatif dans certains pays en Afrique contribue à nous inculquer de façon insidieuse dès l’enfance l’idée que l’homme blanc est supérieur et que tout ce qui nous éloigne de lui doit être dompter et transformer.

CINDY BABIN

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