Une personnalité, un style : Esther impose son style !

Esther 

Je m’appelle Esther (son blog), j’ai 36 ans. Je bosse dans le retail et je suis française. Je suis née en France et j’y ai toujours vécu ; avec mes parents, français, d’origine béninoise. Bizarre de se définir ainsi me direz-vous, mais c’est un fait, n’en déplaise à certains. J’ai baigné dans une double culture, synonyme de double richesse.

D’aussi loin que je m’en souvienne, on m’aura toujours fait remarquer que j’étais Noire au cas où je l’oublierais apparemment. J’ai grandi dans une petite ville. Mes parents étaient les premiers Noirs à emménager dans la résidence. À l’époque je n’ai pas eu conscience des difficultés qu’ils ont eues à s’intégrer ; trop petite pour le réaliser, mais à mon niveau d’enfant, cela m’a valu d’être un moment repoussée et d’être reléguée au rang de « noiraude », celle avec qui on ne veut pas jouer.
Pas d’autres choix que de se blinder et de s’affirmer très vite. Ajouté à une éducation ferme à travers laquelle tous les jours vos parents vous rappellent que vous êtes noire, une femme de surcroît, et qu’il vous faudra vous battre dix fois plus que les autres pour vous en sortir.
Au grand jamais je n’aurais pu oublier ma couleur de peau. Et je n’en ai jamais eu envie. Ça a même toujours été une grande fierté. Ma mère m’a appris à prendre soin de moi, de ma peau, de mes cheveux. Le rituel du beurre de karité sur la peau et du bain d’huile dans les cheveux était sacré!
Même si en grandissant on m’aura déjà traité deux fois de sale négresse dans l’indifférence la plus totale des passants, je n’ai pas subi de racisme direct. Toujours de petits sous-entendus ou des clichés mal assumés. Je ne les excuse en rien mais j’ai facilité la tâche aux médisants.
Noire, locksée. Quand j’ai commencé les miennes, les locks avaient encore très mauvaise réputation. Au delà d’inspirer la saleté et d’être un nid à bêtes, les locks étaient aussi assimilées au fumeur de weed. Plus mon style vestimentaire « original« , « atypique », « olé olé », « pas commun », « qui ne va qu’à toi »et j’en passe, ça fait beaucoup pour une seule personne et ça rend la tâche compliquée pour passer inaperçue et ne pas attirer de réflexions. 

Je pense à la fois où j’ai poussé la porte d’une agence immobilière. Je souhaitais vendre mon appartement. On m’a regardé les yeux ronds quand j’ai demandé qu’un agent se déplace pour une expertise. « Euh…oui bien sûr, mais à qui appartient le bien? », puis quand cet agent arrive dans le bien en question avec plus de 30 minutes de retard expliquant qu’il s’est perdu dans les tours un peu plus loin parce qu’il ne trouvait pas l’adresse. Pour lui, c’était visiblement impossible, impensable voire improbable que mon appartement soit situé dans ce magnifique immeuble haussmanien de 1900, classé bâtiment historique. J’en ai à revendre des anecdotes de ce type.
Certains diront que je suis trop susceptible, que je prends les choses trop à coeur ou que je vois du racisme partout, que je me « victimise ». Mais à l’inverse, je reconnais la « discrimination positive » si l’on peut appeler cela ainsi. Les compliments maladroits « avec ta couleur de peau, tu peux te permettre toutes les couleurs que tu veux », « tout te va à toi », « tes cheveux sont drôles »(comme si « drôle » était devenu le nouveau « cool »), « tu trouveras facilement du travail, dans ton domaine les gens comme toi ont la cote »…et tout un tas de sottises de ce genre. 

Pour toutes ces raisons il m’était impossible de ne pas participer au projet d’Ayika’a. S’affirmer et imposer son style, leitmotiv que j’ai depuis mon plus jeune âge. Mon style, même moi je n’arrive pas à le définir. Et d’ailleurs pourquoi le ferais-je? Pas dans une case mais dans plusieurs, qu’importe que ça dérange, que ça déroute ou que ça agace. Ce n’est pas tous les jours facile d’être à contre courant des clichés, mais il faut se battre pour casser les stéréotypes. Il n’y a pas de secret, la diversité c’est la clef et à plusieurs on a plus de chance d’y arriver alors…vous aussi, imposez votre style.

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