Contextualisation

*Spoiler Alert2018 s’annonce et voilà qu’en ce 29 Janvier est présentée la sortie du film tant attendu Black Panther. Film réalisé par Ryan Coogler, jeune réalisateur et scénariste américain.

Dès sa sortie il fait visiblement l’unanimité, ou presque, au sein de la population noire.

Ce ne fut pourtant pas gagné car en effet l’idée d’attribuer à un héros de Marvel une histoire bien à elle date des années 90′ lorsqu’un certain Wesley Snipes confit l’intention de réaliser un film avec l’un des personnages mythiques de Marvel appelé la Panthère noire. Le projet ne verra malheureusement pas son jour mais les débats continueront entre les différents réalisateurs et le studio Marvel, notamment Kevin Feige directeur de Marvel Studio.

Plus tard les choses se concrétisent enfin et en janvier 2016 Ryan Coogler est ainsi nommé le réalisateur du film Black Panther.

Ce qui est à souligner, avant d’orienter cette revue, reste la provenance des acteurs. Oui, nous avons dit acteurs noirs, mais que serait un film parlant de l’Afrique comme des ses traditions et richesses en l’absence de témoins ? La majorité des acteurs ont donc des liens directs avec le continent mais également avec les îles Caraïbes. Le Ghana, comme le Cameroun, la Côte d’Ivoire et Guyana par exemple sont les quelques origines présentes dans le film…

  • Du rêve à la réalité

Black Panther puise son inspiration à travers l’Histoire.

Au-delà d’un simple Marvel, il met en avant la population noire. En effet le casting est entièrement noir, les costumes sont inspirés des différentes cultures noires africaines (notamment le peuple Bantou d’Afrique du Sud qui a inspiré la styliste attitrée du film, Ruth Carter, pour le costume de la reine de Wakanda), avec un décor qui visiblement reprend la structure des grandes villes d’Afrique telle Johannesburg en Afrique du Sud.

Ils parlent pour se faire de “afrofuturisme”, terme qui reprendrait les notions de science-fiction et les traditions africaines.

Du rêve à la réalité car lorsque l’on regarde l’Histoire : en mentionnant l’époque de l’esclavage, les traites négrières ou plus récemment la colonisation, qui aurait cru qu’aujourd’hui serait présenté sur nos écrans, nos grands écrans, l’histoire d’un super héros noir ?

Certains diront probablement que cela reste du fictif, de la science-fiction à l’état pur, cependant il faut aller bien plus loin que cela.

De la science-fiction mais qui donne à réfléchir, de la réflexion qui amène à un besoin de faire encore plus.

Pour des personnes ayant grandi avec des films tels que Big Mama ou encore Le flic de Beverly Hills qui sont des films, bien que amusants et divertissants, ne sont pas une réelle représentation de la population noire. Ces œuvres, trop clichés, n’ont pas permis de minimiser l’irrespect que subissent des peuples considérés comme étant minoritaires, et pourtant.

Il est aussi important de prendre le problème sous un autre aspect : en effet si les films cités plus hauts ne méritent pas une standing ovation de par la manière dont sont racontées les choses et l’image que cela véhicule ensuite, il paraissait aussi important de présenter une autre image des noirs. En effet, nous connaissons tous ces films documentaires qui relatent les faits historiques liés à la population noire, ou encore ces films dramatiques dans lesquels nous sommes placés en tant que victime d’une atrocité. Ce qui est véridique, attention il n’est aucunement question de dénigrer cela, cependant ici justement la science-fiction nous permet de nous projeter et d’avoir un autre regard sur nous-même.

 

Il y a un réel questionnement sur notre condition en tant que personne noire dans un monde de privilèges blancs.

Nous assistons à ce que l’on pourrait qualifier comme un éveil des consciences, venant des uns comme des autres. Lorsque l’on prend en compte les différentes polémiques survenues récemment mettant encore et toujours les noirs dans une position d’infériorité, on pense bien sûr à l’affaire du petit garçon et de H&M ou encore à des récents badbuzz montrant des personnes connues se grimant en noir pour  »représenter » les noirs…

Un éveil des consciences car d’un côté nous avons la population noire, qu’elle soit en France comme à l’étranger, qui prend conscience qu’elle a une place dans ce monde et multiplie des actions (#Iamnotyournegro – #Notforsale -) dans le but de changer les mentalités, et de l’autre côté une sorte de provocation de la part des leaders mondiaux et plus particulièrement dans les milieux artistiques, de la mode et du cosmétique.

Mais une chose est sûre : chacun prend conscience d’une évolution. Seulement pour les uns cela reste synonyme de danger tandis que pour les autres il est simplement question d’espoir.

  • Le héros noir…

Ce n’est pas qu’un simple héro, c’est bien plus. Ce n’est pas qu’une aventure ou un phénomène passager, cela est un grand tournant. Tout d’abord pour les afro descendants. Voir qu’un visage noir surplombe nos écrans, voir qu’il est le personnage principal valorisé et honoré, loin des rôles où l’on voit des noirs moqués voire salis, ou encore un de ces personnage noir présenté comme un misérable. Black Panther est fort intelligent et surtout il ne lâchera rien jusqu’à la fin du film. 


C’est aussi un grand tournant pour le reste du monde, non pas uniquement pour l’Afrique et la population noire. Il suffit de regarder la façon dont ce film a été promu, il suffit d’observer le bruit qu’il répand à l’international, il suffit enfin d’ouvrir les yeux sur l’un des points les plus importants : un film réalisé par un scénariste noir réunissant essentiellement des acteurs noirs et parlant de la communauté noire attire, tout comme d’autres films d’ailleurs. Les noirs ne repoussent pas, les noirs sont intéressants et ont leur place, telles d’autres communautés, dans les grands écrans. Voilà ce que cela prouve.

Peu importe si cela appartient à Marvel, voyons justement au-delà du studio Marvel. Ce film est une grande réussite, et sachez-le ce n’est que le début. 

« Nous savons comment meurent les africains, mais jamais comment ils vivent » cette phrase si justement dite par un écrivain appelé Henning Mankell résume parfaitement l’enjeu au travers de ce film. Il est enfin question de nous, de nos peuples, de nos cultures et de nos richesses, de nos racines. Il est enfin question d’une existence jusque-là volontairement ignorée.

  • …Et les femmes qui ont elles aussi leur place

 L’un des symbole phare, remarqué de tous est la place des femmes dans le film. De la manière dont elles sont représentées à leur statut et leur rôle dans le film, tout y est.

Dans la culture Africaine (regroupant donc tous les pays de l’Afrique sub-saharienne) la femme est considérée comme la voix de la sagesse, le guide qu’il faut suivre et surtout écouter. Il y a une conscience qui est telle que la femme est sacrée et il était visiblement, et à juste titre, nécessaire de le montrer à travers le film. Des femmes guerrières plus précisément, ce qui est encore plus symbolique.

Malgré certaines traditions (connues pour l’essentielles) où l’on peut voir des femmes réduites au silence et mise à l’écart, il y a ce paradoxe qui existe en Afrique et qui veut considérer la femme à la fois comme un diamant qu’il serait préférable de protéger et un danger qu’il serait préférable de cacher.

Et on peut sentir justement dans le film le rappel à la dimension féministe, qui est d’ailleurs très présente à l’heure actuelle. Il restait important de faire un clin d’œil à toutes ces femmes noires qui décident de prendre place que cela soit au sein de leur foyer familial et également dans les milieux professionnels, et ceci qu’elles soient en Afrique ou encore dans les pays occidentaux.

C’est donc une belle démonstration de leur émancipation actuelle dans les sociétés telles que la France et les États-Unis.

De plus il faut insister là-dessus, le film propose de manière judicieuse une vision que l’on pourrait qualifier de nouvelle car il confronte ces deux aspects évoqués plus hauts par rapport à la place ambiguë qu’occupe la femme noire en Afrique et même plus loin : en Occident. Il y a donc cette envie de rompre avec les traditions afin de penser autrement, et de façon moderne, la femme dans les États africains et ailleurs.

  • Encore plus qu’un Marvel : la symbolique

    Du scénario aux costumes, en passant par des références propres à l’Afrique : la langue parlée, les richesses que l’on peut y trouver, tout est fait pour que l’on se sente à la maison. Et cela fait du bien. Beaucoup ne se reconnaissent pas avec les représentations que l’extérieur donne à ce continent et à ses populations. Or, Black Panther nous fait découvrir, et redécouvrir pour d’autres, l’ambiance de cette maison que l’on tente de nous arracher et/ou que l’on tente souvent nous-mêmes de fuir d’ailleurs.

    Parlant de symbolique, l’engouement qu’a suscité le film est à faire réchauffer les cœurs. Son succès phénoménal a emmené (et continue) des personnes à se déplacer vêtu de vêtements traditionnels de leur provenance géographique. Des États-Unis en passant par la France pour enfin atterrir en Afrique du Sud, tous ont fait ce déplacement. Ils ne se sont pas simplement déplacés pour voir le film ils se sont déplacés en jouant le jeu. Cela laisse à présager une unité, une symbiose ayant frôlée le parfait. Nous étions en harmonie.

    Black Panther est une invitation à se dé-couvrir et découvrir l’Afrique. C’est une invitation à la regarder autrement, sous un autre regard et à se poser également les bonnes questions. Comment penser l’Afrique autrement ? Qu’a-t-elle donc à nous offrir ? Et comment parvenir à se réunir face à elle ?

  • Finalement, ce que soulève le film

Énormément de questions.
Les événements survenus récemment, avec la corruption dans les différents pays tels que la République Démocratique du Congo, ou encore les désaccords entre les pays africains eux-mêmes, ont déjà prouvés à quel point le continent comme ses populations sont désunis et en manque de représentativité.

Rappelons-le encore une fois la Lybie comme le Maroc, qui sont un exemple des Etats nord-Africains au sein desquels des atrocités se produisent et en plus de cela sous nos yeux. On pense donc à la situation très délicate et alarmante que subissent des hommes noirs africains ayant quitté leurs terres dans l’espoir de trouver refuge ailleurs et qui finalement vont se voir dépossédés à la fois de leur dignité et de leur liberté.

 Alors pourquoi ne pas se recentrer sur ce que ce continent a à nous offrir et ce que nous pouvons, en tant que afro descendant, lui apporter ? Il n’est plus question de chercher des boucs émissaires, il n’est plus question de rester impassible, il n’est plus question de réagir. Il est désormais question d’agir, en ayant des projets et également la conviction que nous pouvons parvenir à cette nation qui nous a été autrefois arrachée.

  • Et après ?
    “De la fiction peut naître de vraies actions”

    Black Panther c’est l’histoire d’un rêve à portée de main. C’est le super héros et le guerrier de nos enfants et futurs enfants. Et cela en vaut le déplacement. Imaginons-nous à la place de ce petit enfant qui dira « moi aussi je peux être un super héros, moi aussi je suis capable ».

    Bien Sûr, nous n’attendions pas ce film pour y croire, mais il était en effet indispensable pour cesser uniquement de croire et aussi agir.

    C’est d’ailleurs l’une des raisons principales pour lesquelles l’équipe de l’association Ayika’a a souhaité mettre en avant ce film événement par le biais d’un article.
    Car nous devons le rappeler, Ayika’a c’est aussi cette forme d’initiative. Valoriser, promouvoir et pas uniquement dénoncer. C’est une idée qui va de soi.

    Alors, qu’attendez-vous ? Courez le voir si ce n’est pas déjà fait…