◊ La mode à l’international :

Il y a quelques jours je vous parlais de la mode au sein de l’hexagone. Aujourd’hui, j’aimerai parler de la mode à l’échelle internationale. Nous remarquons que le nombre de femmes noires, indiennes, et métisses en agence reste minoritaire car un système de quota existe même dans des pays d’une diversité physique incommensurable. D’ailleurs, des mannequins se déploient pour changer cette tendance et le dénoncent par les réseaux sociaux et en élaborant des projets divers contre cette discrimination. Nous pouvons citer des mannequins qui font un travail considérable à ce propos. Leomie Anderson raconte son refoulement lors de la fashion week de Septembre 2017 à Londres à cause de sa couleur de peau. Le styliste ne comptant qu’une seule noire pour sa collection, lui avoue « ne pas pouvoir employer plus d’un mannequin noir ». Ebonee Davis aux Usa a rédigé une lettre ouverte adressée à l’industrie de la mode. Elle y dénonce le racisme omniprésent auquel elle se voit confrontée ou alors Deddeh Howard qui a eu l’ingénieuse idée d’un projet photographique qui s’appelle « black mirror » où elle reprend identiquement les pauses des mannequins professionnels blanc des plus grosses campagnes mondiales. Elle était juste ravissante et elle a prouvé qu’elle pouvait, tout autant qu’une femme blanche, représenter ces marques.

Il est vrai que les quotas, entre autres, aux Etats-Unis sont pratiquement le double de ceux en France. Mais il n’en demeure pas moins insuffisant pour un pays à la population très mixte et avec un taux de personnes de tous types physiques confondus. Je me suis, donc, penchée sur le sujet de plus près. J’ai relevé que pour dix agences, il y aurait seulement une dizaine de femmes noires et métisses, pour une moyenne de 200/250 femmes dans leur portfolio. Il semblerait donc que le problème reste mondial. En effet, il est temps de tirer la sonnette d’alarme. Malgré une vague de profils différents et atypiques que je retrouve (presque) inexistante encore en France, certes, il demeure une évolution au niveau international, mais j’aimerai voir une plus grande diversité, à l’image de nos sociétés. Je suis allée en Afrique du Sud où, comme je vous l’avait dit, j’ai réalisé ma première expérience professionnelle à l’étranger. L’Afrique du Sud est un pays mixte, mais avec une dominance noire. Un jour, alors que je discutais avec une maquilleuse professionnelle, cette dernière m’a avouée que les agences se plaignaient de son book qui contenait autant de photos de femmes noires et métisses que de femmes blanches. Les agences lui reprochaient de ne pas avoir suffisamment de portraits de femmes blanches, insinuant que tout le monde ne pourrait pas se sentir représenter par son book.

Le problème qui semble se poser, selon moi, est que lorsque les non blancs ne sont pas représentés dans les médias occidentaux, cela ne pose pas de problème, mais lorsque l’inverse se produit ; des blancs ne sont pas suffisamment représentés dans un pays à dominance noire, alors tout le monde se mobilise pour inverser la tendance.

Vous devez savoir que parfois, les contrats pour de grandes marques se font si rares pour les mannequins noires et métisses que ces derniers n’ont souvent pas d’autre choix que de travailler pour des magazines injustement qualifiés de « communautaires » car ils ne contiennent que des femmes noires et métisses. Il s’agit souvent d’une nécessité pour ces mannequins qui doivent bien trouver un moyen de gagner leur vie et d’exercer leur passion malgré l’absence de contrats. En revanche, ce choix peut avoir des conséquences désastreuses pour le reste de leur carrière. En effet, les agences auront tendance à voir ces mannequins comme des « communautaristes » voire pire, des activistes. Ce problème ne se pose jamais chez les mannequins blancs qui posent dans des magazines qui ne contiennent que des blancs, jamais personne ne les jugera de « communautariste » ou d’activiste. Il serait intéressant de se pencher sur la question et de s’interroger sur la véritable signification du terme « communautariste » et de comprendre pourquoi semble-t-il être problématique vis-à-vis d’un certain nombre d’individus et pas aux autres.

Croyez-vous vraiment qu’une collaboration d’un mannequin blanc, dans quelconque magazine se pliant aux représentations conformistes serait une tâche dans sa carrière et à l’origine d’un reproche de repli ou de renfermement ?

Il est vrai que le métier de mannequin est difficile pour tout les profils, quelle que soit la couleur de peau. Mais il est incontestable que les mannequins noires et métisses font face à de réelles difficultés pour exercer leur métier en Europe. Ces dernières tiennent au fait que les mentalités évoluent encore trop lentement pour permettre à toutes les populations d’être équitablement représentées dans les médias. Ainsi, la France fait partie de ce monde occidentale qui n’est pas encore suffisamment prêt a ouvrir la voix au model non blanc, à l’inverse de l’Angleterre qui semble déjà plus enclin à représenter tous les mannequins. Les raisons profondes de cette réalité qui poussent de nombreux mannequins noires et métisses à quitter la France pour les pays anglo-saxons tiennent peut-être, en plus, des trajectoires historiques spécifiques de ces contrées. Je consacrerai prochainement un nouvel article plus en détail sur cette histoire. Pour y voir plus clair, nous avons énuméré des incompréhensions, quelques problèmes auxquels nous sommes confrontées :

◊ Maquillage et Coiffure, une incapacité flagrante et des difficultés grandissantes :

Certains coiffeurs sont tellement dépités face à la masse ou à la texture des cheveux afro des modèles qu’ils les incitent à se défriser, à porter des extensions ou même à se couper les cheveux très courts. Par manque de maîtrise et de compétence, ils proposent « ces conseils » aux mannequins, dans le dessein de trouver plus facilement du travail. Ces idées monopolisent leurs discours. J’ai des cheveux métissés, plutôt bouclés et souples, (du type 2c/3a). Pourtant, croyez-moi, je suis tombée sur des coiffeurs « professionnels » qui n’arrivaient pas à manipuler ma chevelure et me la brulait par moment. Ceci me renvoie à imaginer ce qu’endurent les femmes aux cheveux afro. Pour illustrer ses incompétences je vais partager avec vous, mon expérience lors d’un casting, où l’on recherchait un type chevelure « Afro ». Tous ceux qui me connaissent savent très bien que je n’ai pas ce type de cheveux, (voir photo de couverture d’article) mais j’étais pourtant convoqué à ce casting. J’y suis allée septique, arrivé j’ai vu un rassemblement, j’imagine de toutes les modèles métissées et noires de Paris. Seulement, en guise de cheveux « afro », il y avait des cheveux curly (comme les miens), d’autres Afro. Enfin tous types de cheveux allant du 2C au 4C. Alors, oui il y avait des cheveux dit afro, mais NON pas que ça. Voici un exemple qui prouve que nous sommes toutes mises dans un même panier, stigmatiser sans en saisir la « pluralité » et malheureusement, nous nous retrouvons à jouer le jeu. « De toutes manières les noires ont les mêmes cheveux … ». J’ai finalement fini par comprendre ce qui se cachait derrière le mot « afro » = VOLUME. Tout ce qui change des cheveux RAIDES est donc considéré d’afro. En ce qui concerne le maquillage, c’est encore pire. Il est rare de trouver un maquilleur en France qui possède des fonds de teint adaptés aux peaux métisses ou noires, ou tout simplement qui sache maquiller ce type de peau ; c’est pourquoi, les modèles sont obligés de ramener leur propre fond de teint de peur d’être mal maquillées. Les spécificités de nos peaux sont comme inconnues. Ces professionnels, au lieu de rassurer et d’embellir, sont souvent choqués et choquants devant une tâche d’hyperpigmentation suite à un bouton. Ils dramatisent comme si c’était une catastrophe, or, tout simplement l’origine de cette inquiétude et de cette attitude ne serait-elle pas de ne pas savoir comment maquiller une peau brune ou noire ? En ce sens, je partage avec vous l’une de mes anecdotes. Quelques mois après avoir commencé le mannequinat à plein temps, j’ai eu un trouble hormonal, et je me suis retrouvée avec des boutons au visage, essentiellement localisés au front. Par la suite, des tâches d’hyperpigmentation qui mettent en moyenne 3 à 6 mois pour partir. Moi, qui ai la chance depuis toujours d’avoir une peau plutôt nette et soignée, avais mal vécu cette période, non pas à cause de l’image renvoyée, vu que pour être sincère, ce n’était pas si grave que cela, mais à cause de l’image renvoyée de moi par les gens du milieu professionnel. Ainsi, je l’ai vécu de manière CATASTROPHIQUE. Je me trouvais laide, et je n’avais plus envie de sortir de chez moi. À chaque fois que l’agence m’appelait ou quand je passais c’était « tu as encore tes boutons, tes tâches ont réduit, oh mais tu n’as jamais eu ça, qu’est ce qui t’arrive ? Tu as toujours une peau parfaite … » Ceci ne m’a pas empêchée de continuer à travailler, un des clients de mon agence, à même essayé de réduire mes droits à l’image lors d’une campagne, soi-disant, en raison de mes « problèmes » passagers de peau, considérant que je ne méritais pas le tarif prévu LOL. Est-ce un comportement professionnel ? Voici les conséquences de manque de confiance, de dévalorisation engendrée chez les mannequins, inconsciemment ou consciemment par les professionnels de l’image et les médias. Il s’agit de l’image qui peut être renvoyée sur l’individu différent, ne serait-ce par un bouton. Ce que je ne comprends pas d’autant plus, est ma connaissance formelle des retouches portées sur les photos. En un rien de temps, les professionnels ou amateurs de Photoshop traitent plusieurs types d’imperfections les rendant facilement invisibles. Le maquillage adéquat aussi réglerait cette affaire. Les mannequins sont des humains comme tous les autres, et non des robots. Alors OUI, nous pouvons être confrontées à des problèmes de peaux, de prise de poids passagère. Pourquoi ne pas l’assumer et être dans le souci de renvoyer une image conforme aux attentes, une image médiatique jugée parfaite ? Je juge ceci dérisoire, même grave. A mes yeux rien ne justifie les stigmatisations au point de laisser les mannequins se sentir si mal. Je conçois que le métier exige d’avoir une peau plus ou moins nette, mais avoir quelques boutons, ne signifie pas que le grain de la peau soit moche… D’ailleurs, quelle serait la beauté ? Croyez-vous que des problèmes de peaux peuvent remettre en question ma photogénie ou encore mes émotions ou que je ne sois pas professionnel face à l’objectif ? Je pense fortement que ces maquilleurs à qui j’avais affaire qui pour vous dire, confondent même tâche et bouton, manquent de curiosité dans leur métier. Ça en dit long sur ce que j’appelle le « manque d’intérêt » pour des peaux autres que caucasienne. Il suffit juste de s’intéresser de plus prêt pour voir que ses peaux ne sont pas si difficiles à traiter ou maquiller. À cet effet, je discutais récemment avec une maquilleuse noire, qui me disait que lors de sa formation dans une école de maquillage en France, elle était la seule noire de la classe et tous les jours elle se retrouvait seule lorsqu’il fallait faire les binômes pour se maquiller. Ses collègues avaient « peur » de la maquiller. Ceci démontre le désintérêt pour ce type de peaux, pourtant, auxquelles ils seront confrontés à un moment ou à un autre. Cet état d’esprit doit cesser, tout maquilleur doit être apte à maquiller tous types de faciès et de peaux. Les formateurs doivent en tenir compte lors des formations et des évaluations. Un professionnel est un spécialiste qui doit connaitre parfaitement son travail. Les écoles de coiffure et de maquillage en France doivent vraiment remédier à ces problèmes et avoir autant de considération pour les personnes aux peaux caucasiennes, qu’à celles non caucasiennes et aux cheveux raides, qu’à ceux non raides.

◊ Les mensurations : Au cœur d’une exigence injustifiée

Nous demandons aux mannequins noires et métisses d’être irréprochables au niveau des mensurations exigées. En effet, il semble plus acceptable pour une femme blanche de ne pas vraiment rentrer dans les « cases exactes ». Je me rappelle que lorsque je recherchais des agences, mon agent m’avait dit : « tu es métisse, il va falloir que tes mensurations soient au top car on recherche vraiment une bombe, pas comme une femme blanche qui peut se permettre d’être légèrement au-dessus des mensurations exigées ». Il est vrai que l’exigence de la maigreur s’applique à TOUTES les mannequins (autre plaie du métier), peu importe leur couleur de peau, cependant j’ai l’impression que certains « écarts » sont tolérés pour les femmes blanches et non pas pour les autres.

◊ AYIKA’A, acteur d’un questionnement perpétuel :

Une personne « typée » qu’est-ce que cela signifie-t-il ?

J’ai commencé à me poser cette question lorsqu’en agence, j’étais qualifiée de « typée ». Je ne sais pas vous, mais on ne dira jamais d’un blanc qu’il soit « typé », au moment où il est naturel qu’une femme noire, métisse ou non blanche soit dite “typée”, c’est comme un automatisme. En réalité, je pense que nous avons tous un type sur cette terre, que ce soit le type européen, africain, asiatique, caribéen et beaucoup d’autres encore. Mais, étrangement, il semblerait que tous les « types » ne soient pas sur le même pied d’égalité. Avoir un autre type physique risque de constituer déjà un facteur de renfermement menant parfois à la discrimination. Tout comme l’idée du communautarisme me paraît absurde, parler de « types » qui ne seraient que l’apanage de petits groupes de personnes, l’est aussi. Au fond, la véritable question qu’il faut se poser est la suivante : typé pour qui? Par exemple, il se pourrait qu’une blonde aux yeux bleus soit représentative de « l’exotisme » et qu’elle soit « typée » à mon égard.

◊ La femme noire et métisse autre chose qu’un objet d’art, et la petite femme naturelle.

La femme noire est souvent mise en avant comme un objet d’art, je le disais précédemment, dans les quelques magazines de mode qui les incluent. Il est important de garder à l’esprit qu’elles ne se résument pas qu’à l’« exotisme » et qu’au « traditionnel ». Elles sont en mesure de poser aussi bien dans des magazines commerciaux, que de ceux de mode ou du très mode. Je me demande pourquoi les femmes blanches ne sont pratiquement jamais représentées avec des tenues traditionnelles, ou des peaux de bêtes comme si cela n’était réservé qu’aux femmes noires de manière générale. Je suis même arrivée à me poser la question de savoir si les occidentaux avaient des tenues traditionnelles tant elles sont rarement mises en avant, mais j’ai trouvé la réponse lorsque j’ai regardé Miss France et que j’ai vu qu’elles avaient toutes, belle et bien, une tenue. En ce qui concerne les métisses, nous sommes fréquemment mises en scène assez naturellement comme si on ne pouvait incarner que ces personnages.

Il est temps d’arrêter d’enfermer les gens dans des cases. Nous sommes tous multiples, et nous ne pouvons pas être enfermées dans des représentations figées. Nous pouvons sortir de ce cadre et incarner divers personnages. Je vous vois déjà me répondre, « mais pour poser pour des magazines Haute couture il faut être très fine et avoir quelque chose de différent des profils « commerciaux » qui plaisent à la plupart des gens ». J’ai envie de vous répondre, quitte à me répéter, je pense qu’être modèle devrait s’arrêter à savoir transmettre une émotion, un charisme et ce peu importe le style de photo et la couleur de peau.  

En effet la beauté demeure relative, il faut savoir être plus profond que cela.

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